jeudi, 27 août 2026 10:58

Revival Audio Sprint 3 : mille euros, et déjà l’essentiel ?

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Revival Audio Sprint 3 Revival Audio Sprint 3 Frederic Baussart

Fin août 2026. À Reims, la météo nous promet encore des températures supérieures à 30 degrés. Autrefois, on aurait appelé cela un bel été ; aujourd’hui, on regarde le ciel bleu avec la méfiance que l’on réserverait à un appareil dont le voyant rouge vient brusquement de s’allumer.

Quant aux informations, elles ressemblent désormais à la bande-annonce interminable d’une fin du monde dont personne ne semble vouloir interrompre la projection. La guerre en Ukraine fait planer le spectre d’une escalade nucléaire ; hier, l’effondrement d’un glacier aux confins du Népal et du Tibet a englouti des villages sous des torrents de boue et de pierres ; ailleurs, la famine menace une part toujours plus importante de l’humanité. Bref, il y aurait largement de quoi broyer du noir pour plusieurs générations — à supposer, naturellement, qu’on leur laisse encore suffisamment d’électricité pour faire fonctionner le broyeur.

Je sais bien que, collectivement, nous portons tous une part de responsabilité dans ce gigantesque merdier. Mais, individuellement, depuis mon magasin de Reims, je ne peux malheureusement ni refroidir les glaciers, ni faire taire les armes, ni rendre subitement raisonnables ceux qui gouvernent le monde. Cette impuissance n’interdit pas la conscience, mais elle finit parfois par rendre l’air difficile à respirer.

Alors, pendant quelques heures, je ferme la porte.

 

Non par indifférence, encore moins par insouciance, mais simplement parce qu’il faut parfois s’extraire du vacarme pour ne pas sombrer avec lui. Depuis toujours, la musique constitue mon refuge. Elle ne répare pas le monde, elle ne nourrit personne et n’arrête aucune guerre ; mais elle nous aide peut-être à préserver cette part d’humanité sans laquelle plus rien ne mériterait vraiment d’être sauvé.

Il y a quelques semaines, j’ai reçu une paire de Revival Audio Sprint 3. Posées dans leur carton, elles attendaient patiemment leur heure tandis que d’autres appareils occupaient mes journées d’écoute. Avec leur format bibliothèque, leur tarif de 1 000 euros la paire et leur positionnement à l’entrée de la gamme du constructeur français, je pensais savoir à peu près à quoi m’attendre.

En cette fin d’été étouffante, le moment était donc venu de les installer, de choisir quelques disques, de préparer un café et de laisser le monde à l’extérieur.

Du moins, le temps d’une écoute.

Restait à découvrir si ces modestes Sprint 3 possédaient réellement le pouvoir de nous en faire oublier le vacarme…

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Revival audio Sprint 3 

Il existe, dans le petit monde de la Haute-Fidélité, une expression légèrement trompeuse : « entrée de gamme ». Chez certains fabricants, elle désigne un produit conçu avec une calculette posée à côté du fer à souder ; chez d’autres, une porte entrouverte sur un univers musical que l’on imaginait réservé à des tarifs nettement moins fréquentables.

La Revival Audio Sprint 3 appartient manifestement à la seconde catégorie.

Proposée à 1 100 euros la paire, elle constitue le modèle bibliothèque le plus accessible du constructeur français. Un prix qui n’a certes rien d’anodin dans l’absolu — mille cent euros restent mille cent euros, même lorsqu’on les prononce avec un vocabulaire audiophile — mais qui la place au seuil de la gamme Revival Audio, très loin des ambitions tarifaires des Atalante.

Pourtant, au premier regard, rien ne semble avoir été traité avec désinvolture. La Revival Audio Sprint 3 reprend plusieurs technologies développées pour ses grandes sœurs : un tweeter à dôme souple RASC de 28 mm, doté de la chambre arrière ARID destinée à absorber les résonances, un haut-parleur de grave-médium de 18 cm à membrane sandwich en basalte BSC, ainsi que cette façade amovible ELYTRON dont la forme asymétrique participe au contrôle de la directivité et à la réduction des diffractions. Sous ses dimensions raisonnables se cache donc une véritable enceinte acoustique, et non une Atalante passée au lavage à 90 degrés.

Mais une fiche technique, aussi séduisante soit-elle, ne chante pas. Elle ne raconte ni la couleur d’un violoncelle, ni la respiration d’une chanteuse, ni cette capacité parfois mystérieuse qu’a une enceinte à nous faire oublier les haut-parleurs placés devant nous. C’est précisément sur ce terrain que les Revival Audio Sprint 3 vont commencer à nous étonner.

Caractéristiques techniques

- Enceinte bibliothèque deux voies, bass-reflex
- Tweeter RASC à dôme souple de 28 mm avec technologie ARID
- Grave-médium BSC de 18 cm à membrane sandwich en basalte
- Fréquence de coupure : 1,8 kHz
- Bande passante : 55 Hz à 22 kHz, à −3 dB
- Sensibilité : 87 dB pour 2,83 V à 1 m
- Impédance nominale : 6 Ω
- Impédance minimale : 4,5 Ω à 175 Hz
- Puissance admissible : 150 W
- Amplification recommandée : à partir de 30 W

- Dimensions : 380 × 213 × 307 mm

- Poids : 9,1 kg pièce
- Pièces conseillées : 15 à 35 m²


Tarif Opus 51 : 1 100 € la paire
Len Boutique Web : https://www.opus51.net/opus-51-enceintes/revival-audio-sprint-3-la-paire.html

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Revival Audio : une jeune maison qui possède déjà de vieux souvenirs

Dans le monde de la Haute-Fidélité, la jeunesse d’une marque ne dit pas toujours grand-chose de l’expérience de ceux qui la font vivre. Certaines maisons affichent plusieurs décennies au compteur tout en donnant parfois l’impression d’avoir oublié pourquoi elles fabriquent des enceintes. D’autres viennent à peine de naître mais portent déjà en elles les souvenirs, les connaissances et les obsessions accumulés durant toute une vie consacrée au son.

Revival Audio appartient incontestablement à cette seconde famille.

Fondée en Alsace en 2021 et véritablement révélée au public l’année suivante, la marque est née de la rencontre de deux personnalités aux compétences aussi différentes que complémentaires. D’un côté, Daniel Emonts, ingénieur acousticien dont le parcours s’est notamment écrit chez Focal et Dynaudio ; plus de trente années passées à étudier les membranes, les moteurs, les suspensions, les filtres et tous ces détails minuscules qui séparent une enceinte simplement correcte d’un véritable instrument de reproduction musicale. De l’autre, Jacky Lee, stratège taïwanais installé en Suisse, ancien responsable commercial d’une grande marque danoise, chargé de donner une identité, une visibilité et une cohérence internationale à cette nouvelle aventure.

L’un écoute le comportement d’un dôme à quelques centaines de hertz ; l’autre observe le comportement du marché à quelques milliers de kilomètres. Il fallait sans doute cette association entre l’ingénieur et le stratège, entre le laboratoire et le monde extérieur, pour qu’une marque aussi jeune puisse trouver si rapidement sa place.

Revival Audio ne s’est donc pas construite autour d’un catalogue de composants choisis sur les étagères d’un fournisseur. Daniel Emonts revendique au contraire une conception interne des haut-parleurs et des principales technologies acoustiques. Cette volonté de conserver la maîtrise du produit constitue le fil conducteur de la maison : partir d’une idée sonore, imaginer les transducteurs capables de lui donner corps, puis écouter, mesurer, corriger et recommencer jusqu’à ce que les chiffres et les oreilles finissent par parler à peu près le même langage.

Les premières enceintes de la marque furent les Atalante 3 et Atalante 5. Elles imposèrent immédiatement une esthétique reconnaissable, mêlant une certaine nostalgie des grandes enceintes des années 1970 à une conception acoustique résolument contemporaine. De beaux volumes, des membranes généreuses, des lignes chaleureuses et, surtout, une restitution privilégiant la matière, les timbres et le plaisir d’écoute plutôt qu’une démonstration artificielle de détails.

Depuis, la famille Atalante s’est agrandie. Elle constitue toujours le cœur le plus ambitieux de Revival Audio, tandis que la série Sprint représente une manière plus accessible d’entrer dans son univers. Cette dernière ne compte pas seulement faire moins cher : elle cherche à préserver l’identité sonore de la marque dans des coffrets plus simples, plus faciles à loger et financièrement moins intimidants.

La Revival Audio Sprint 3 en est le point d’entrée. Avec son format bibliothèque, sa conception deux voies et son tarif de 1 100 euros la paire, elle vient se placer sous l’Atalante 3, dont elle reprend plusieurs principes techniques sans chercher à en devenir une copie miniature. Ce serait d’ailleurs une erreur de la considérer comme une Atalante passée au régime sec. La Sprint possède sa propre architecture, son propre dessin et même une façade spécifiquement développée pour elle.

Elle est accompagnée dans la gamme par la Sprint 4, une colonne deux voies et demie qui reprend les mêmes haut-parleurs en doublant le nombre de membranes consacrées au registre grave. La Revival Audio Sprint 3 demeure toutefois la plus compacte, la moins coûteuse et probablement la plus universelle des deux. Elle s’adresse aux pièces de dimensions raisonnables, aux systèmes que l’on souhaite garder simples, mais aussi à tous ceux qui préfèrent investir dans la musique plutôt que dans plusieurs mètres cubes d’ébénisterie.

Parler d’entrée de gamme pourrait pourtant laisser croire que l’on pénètre chez Revival Audio par une porte de service. Or, rien dans la Sprint 3 ne donne cette impression. Elle constitue plutôt le premier chapitre du livre : moins somptueux peut-être que ceux qui suivront, mais suffisamment bien écrit pour donner envie de poursuivre la lecture.

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Construction, finition et technologies : petite par le volume, sérieuse par nature

Avec ses 38 cm de hauteur, 21,3 cm de largeur et un peu plus de 30 cm de profondeur, la Revival Audio Sprint 3 appartient à cette catégorie d’enceintes que l’on qualifie volontiers de « bibliothèques », même si les installer au milieu des œuvres complètes de Proust ne serait probablement une bonne idée ni pour l’acoustique ni pour la littérature.

Ses proportions restent raisonnables, mais son poids de 9,1 kg par enceinte prévient immédiatement qu’il ne s’agit pas d’une boîte vide agrémentée de deux haut-parleurs décoratifs. Le coffret en MDF possède une densité rassurante et une profondeur suffisante pour offrir au haut-parleur de 18 cm le volume de charge dont il a besoin. L’accord bass-reflex débouche à l’arrière, ce qui incitera naturellement à laisser respirer l’enceinte plutôt qu’à la plaquer contre le mur.

Les Revival Audio Sprint 3 sont proposées en trois finitions : noyer, chêne blond et noir mat. Les deux premières apportent une chaleur presque domestique à leurs lignes contemporaines, tandis que la version noire se montre plus discrète, peut-être aussi plus sévère. L’ensemble ne cherche jamais à impressionner par une accumulation d’ornements inutiles. Les ajustements sont propres, les arêtes soigneusement dessinées et les proportions suffisamment équilibrées pour que l’enceinte puisse prendre place dans un salon sans donner l’impression qu’un laboratoire d’acoustique vient d’y installer une succursale.

Le regard est immédiatement attiré par la façade ELYTRON. Derrière ce nom qui pourrait désigner un robot échappé d’un dessin animé japonais se cache une pièce beaucoup plus sérieuse qu’un simple cache décoratif. Réalisée dans un matériau composite rigide, cette façade magnétique adopte des formes courbes et asymétriques. Le tissu de protection étant fixé sur sa face arrière, aucun cadre disgracieux ne vient troubler la ligne générale.

Cette géométrie particulière n’est pas le fruit d’un caprice de designer. Autour du tweeter, l’ELYTRON agit comme un guide d’ondes afin de mieux contrôler la dispersion des hautes fréquences. Ses contours contribuent également à réduire les phénomènes de diffraction provoqués par les arêtes du coffret. Lorsqu’une onde sonore rencontre brutalement le bord d’une enceinte, elle ne poursuit pas toujours sagement son chemin : une partie se réfléchit, se disperse et vient perturber la précision de l’image sonore. En adoucissant et en organisant ce passage, Revival Audio cherche à rendre la scène plus stable et la restitution moins dépendante de l’environnement immédiat.

L’ELYTRON peut être retiré, mais il fait pleinement partie de la mise au point acoustique de l’enceinte. Autrement dit, contrairement aux caches traditionnels que l’audiophile retire religieusement avant chaque écoute — avec le sérieux d’un chirurgien préparant une opération à cœur ouvert — cette façade a vocation à rester en place.

Dans le haut du spectre prend place un tweeter RASC à dôme souple de 28 mm. Son diamètre légèrement supérieur au traditionnel dôme de 25 mm lui permet de travailler avec davantage d’aisance dans le bas de son registre. Il reçoit un traitement de surface développé par Revival Audio ainsi qu’une suspension asymétrique destinée à guider plus régulièrement ses déplacements et à favoriser une dispersion homogène.

Mais l’essentiel demeure invisible. À l’arrière du dôme se trouve une chambre amortie utilisant la technologie brevetée ARID, pour "Anti Reflection Inner Dome". Sa fonction consiste à absorber l’onde produite vers l’arrière par la membrane. Sans ce dispositif, cette énergie viendrait se réfléchir dans la cavité située derrière le tweeter, puis retourner vers le dôme avec un léger retard, ajoutant résonances et colorations au signal initial. Revival Audio annonce une absorption supérieure à 95 % de ces résonances parasites. Sur le papier, l’objectif est limpide : obtenir un aigu plus propre, plus libre et débarrassé de cette brillance artificielle que certains constructeurs confondent encore avec la définition.

Sous ce tweeter apparaît le haut-parleur de grave-médium BSC de 18 cm. Les initiales signifient "Basalt Sandwich Construction". Sa membrane utilise des fibres issues du basalte, une roche volcanique dont les caractéristiques permettent de conjuguer rigidité, légèreté et amortissement. Une membrane trop souple se déforme lorsqu’elle se déplace ; trop rigide et insuffisamment amortie, elle risque de résonner comme une cloche. Tout l’art consiste donc à trouver un équilibre entre ces propriétés contradictoires.

Revival Audio a retenu une structure en trois couches : la membrane en basalte est associée à un feutre appliqué sur sa face arrière, tandis qu’un polymère assure la liaison et participe à l’amortissement de l’ensemble. Cette construction vise à préserver la rapidité des transitoires tout en limitant les vibrations propres à la membrane. Le haut-parleur doit ainsi assurer seul tout le registre compris entre le grave et 1,8 kHz, fréquence à laquelle il transmet le relais au tweeter.

Cette coupure relativement basse constitue l’un des points intéressants de la Revival Audio Sprint 3. Elle évite de faire monter exagérément le haut-parleur de 18 cm dans une zone où sa directivité commencerait à se resserrer, tout en exploitant la capacité du tweeter de 28 mm à descendre plus bas que la moyenne. L’objectif consiste à assurer une transition régulière entre les deux transducteurs, tant du point de vue de la réponse en fréquence que de la dispersion.

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Le filtre à deux voies est lui aussi développé selon une méthode chère à Daniel Emonts : la mesure indique la direction, puis l’écoute décide du chemin exact. Les composants sont d’abord disposés sur une platine de mise au point afin de pouvoir modifier leurs valeurs, mesurer les conséquences de chaque changement et procéder à de longues écoutes comparatives. Une fois l’équilibre obtenu, de nouvelles mesures viennent vérifier que l’oreille n’a pas été séduite par un défaut flatteur. Cette démarche peut sembler artisanale à l’heure des simulations informatiques capables de calculer l’âge du capitaine, mais elle rappelle une évidence : une courbe de réponse ne ressent aucune émotion et n’a encore jamais écouté un quatuor de Beethoven jusqu’à son terme.

Sur le plan électrique, les Revival Audio Sprint 3 présentent une sensibilité de 87 dB pour 2,83 V à un mètre. Leur impédance nominale est de 6 ohms, avec un minimum de 4,5 ohms à 175 Hz. Elles ne réclament donc pas une centrale nucléaire personnelle, mais méritent tout de même un amplificateur correctement alimenté, capable de tenir le haut-parleur de 18 cm lorsque la musique devient plus exigeante. Revival Audio recommande une puissance minimale de 30 watts et annonce une admissibilité atteignant 150 watts.

La bande passante est donnée pour 55 Hz à 22 kHz à −3 dB. Il ne faut donc pas attendre de cette enceinte compacte qu’elle reproduise les profondeurs abyssales d’un grand orgue ou qu’elle fasse trembler les vitraux de la cathédrale de Reims. En revanche, son haut-parleur de 18 cm, son volume interne et son accord bass-reflex laissent espérer un grave suffisamment charpenté pour que la musique ne se promène pas sur la pointe des pieds.

Ainsi conçue, la Revival Audio Sprint 3 ne cherche pas à dissimuler les économies nécessaires à son prix derrière un discours marketing enfumé. Son coffret est plus simple que celui d’une Atalante, sa finition moins luxueuse et son architecture volontairement classique. Mais les choix essentiels — haut-parleurs spécifiques, contrôle des résonances, travail sur la diffraction et mise au point du filtre — semblent avoir été préservés.

Revival Audio a économisé sur le superflu sans, apparemment, sacrifier ce qui fait chanter une enceinte. Il reste maintenant à savoir si cette intelligence de conception s’entend réellement une fois la lumière éteinte et les premières notes lancées.

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Mise en œuvre : deux systèmes pour une même vérité

Pour cette nouvelle rencontre avec les Revival Audio Sprint 3, je n’ai pas souhaité bouleverser immédiatement les conditions de mon précédent essai vidéo. Je les ai donc d’abord installées dans un salon ouvert d’environ trente mètres carrés, associées au Roksan Attessa Streaming Amplifier et reliées par des câbles Albedo Silver de la gamme Blue.

Une configuration cohérente, raisonnable et surtout réaliste. Il aurait été assez vain de juger des enceintes proposées à 1 100 euros la paire en les plaçant d’emblée au terme d’une chaîne dont chaque élément coûte plusieurs fois leur prix. L’audiophile apprécie parfois ces mariages financièrement baroques, mais le mélomane conserve généralement quelques factures à payer.

Avec sa source réseau intégrée et son amplification suffisamment stable pour alimenter sans difficulté les Revival Audio Sprint 3, le Roksan Attessa permet de constituer un système simple, élégant et sans complication inutile. Les Revival Audio ne présentent d’ailleurs aucune difficulté électrique particulière : avec leur impédance nominale de 6 ohms, leur minimum de 4,5 ohms et leur sensibilité de 87 dB, elles réclament davantage un amplificateur correctement construit qu’une débauche de watts.

Leur installation demande cependant un minimum d’attention. L’évent bass-reflex débouchant à l’arrière, il convient de leur laisser suffisamment d’espace pour que le grave puisse respirer sans s’épaissir artificiellement. Dans une pièce d’une vingtaine de mètres carrés, elles trouvent naturellement leur place sur des pieds stables, légèrement dégagées du mur arrière et orientées avec modération vers la position d’écoute. Rien de très compliqué : elles ne réclament ni compas, ni niveau laser, ni intervention nocturne d’un acousticien tibétain.

Après plusieurs jours d’écoute dans cette première configuration, j’ai volontairement poussé l’expérience beaucoup plus loin. Non parce qu’un futur propriétaire des Revival Audio Sprint 3 envisagera nécessairement de leur associer des électroniques aussi ambitieuses, mais parce qu’il est toujours instructif de découvrir jusqu’où une enceinte accessible peut progresser lorsque l’on cesse de limiter ce qui se trouve en amont.

Le Roksan a donc laissé sa place à un ensemble composé du transport réseau Eversolo T10, du convertisseur et préamplificateur Eversolo DAC-Z10, puis du bloc de puissance Leema Acoustics Hydra II Anniversary. Avec son architecture double mono et ses réserves de courant autrement plus généreuses, le Leema était très largement dimensionné pour tenir le haut-parleur de 18 cm des Revival Audio. Les câbles Albedo Silver Blue ont été conservés afin de ne pas multiplier inutilement les variables.

Cette seconde configuration n’a pas transformé les Revival Audio Sprint 3 en enceintes différentes. Elle a fait mieux : elle a confirmé leur identité.

La source et l’amplification plus ambitieuses ont permis de mieux observer leur cohérence, leur stabilité et leur capacité à ne pas fabriquer une personnalité artificielle pour attirer l’attention. Elles ont également rendu plus audibles leurs limites propres. Lorsqu’on retire progressivement les restrictions imposées par les électroniques, les qualités apparaissent avec davantage d’évidence, mais les petits défauts n’ont plus beaucoup d’endroits où se cacher.

Dans les deux systèmes, les Revival Audio Sprint 3 ont conservé le même équilibre général. Le Roksan Attessa leur offre déjà une association parfaitement crédible et musicalement satisfaisante. L’ensemble Eversolo et Leema montre qu’elles peuvent profiter d’électroniques très supérieures à ce que leur tarif laisserait supposer, sans jamais paraître totalement déplacées. Il existe naturellement une frontière économique au-delà de laquelle l’investissement perd de sa logique, mais cette expérience démontre au moins une chose : les Revival Audio Sprint 3 ne constituent pas le maillon faible aussi rapidement qu’on pourrait le croire.

Pour mener ces écoutes, j’ai retrouvé ma playlist habituelle Opus 51 sur Qobuz. Un assemblage volontairement peu discipliné de jazz, de chanson, de musique contemporaine, de classique et d’enregistrements plus ou moins charitables envers le matériel. Une bonne enceinte ne doit pas seulement réciter impeccablement les trois disques audiophiles que l’on entend dans tous les salons ; elle doit aussi survivre à nos goûts, à nos souvenirs et parfois à nos mauvaises habitudes.

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Écoutes : l’élégance de ne pas hausser la voix

Le marché des enceintes accessibles semble aujourd’hui gagné par une forme d’impatience. Il faudrait séduire en quelques secondes, avant que l’auditeur ne regarde son téléphone ou ne passe au modèle suivant. Certains constructeurs gonflent donc le grave, éclairent l’aigu et creusent légèrement le médium afin de produire cette sensation immédiate de puissance et de définition qui fonctionne à merveille pendant une démonstration de dix minutes.

Le lendemain, l’impression est souvent moins glorieuse. Au bout de plusieurs heures, elle peut même devenir franchement pénible.

Les Revival Audio Sprint 3 choisissent une voie opposée. À la première écoute, leur retenue pourrait être confondue avec un manque d’énergie. Elles ne projettent pas le son, ne soulignent pas chaque détail et ne cherchent jamais à faire croire que leur coffret contient un haut-parleur deux fois plus grand. Puis l’oreille s’habitue à cette absence d’effets et comprend que l’essentiel est en place : les timbres, la cohérence, la respiration et cette continuité musicale qui ne se dévoile pas dans l’instant, mais s’impose peu à peu.

Naissam Jalal

Naïssam Jalal : laisser circuler l’air

Je commence avec "Quest of the Invisible" de Naïssam Jalal. C’est un album qui ne supporte guère les restitutions grossières. La musique avance autant par les notes que par les silences, par les mouvements de la flûte que par l’air qui les entoure.

Sur les Revival Audio Sprint 3, la flûte se déploie avec naturel. Elle possède une présence crédible, sans être projetée artificiellement vers l’auditeur. Le souffle reste perceptible, mais il ne devient jamais un effet de loupe destiné à démontrer la prétendue résolution du tweeter. Les Revival Audio savent préserver l’équilibre fragile entre le son de l’instrument et celui de la respiration qui le fait naître.

Le registre médian constitue sans doute leur qualité la plus immédiatement attachante. Il donne aux instruments et aux voix une densité juste, sans chaleur ajoutée ni sécheresse excessive. Les interprètes ne viennent pas s’installer sur vos genoux, mais ils ne disparaissent pas davantage derrière les enceintes. Ils occupent un espace plausible, stable, à hauteur humaine.

La scène sonore ne cherche pas à repousser les murs du salon. Elle se construit avec méthode, en largeur comme en profondeur, sans ces effets spectaculaires qui font parfois surgir un percussionniste dans la pièce voisine. Chaque élément demeure facile à suivre et, surtout, les silences conservent leur fonction musicale. Avec Naïssam Jalal, cela compte presque autant que les notes elles-mêmes.

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Gérard Manset : traverser les brumes du Siam

Avec "Royaume de Siam" de Gérard Manset, l’univers change. Les arrangements deviennent plus denses, les textures plus sombres et les voix semblent surgir d’un paysage intérieur où la lumière peine parfois à pénétrer.

Les Revival Audio Sprint 3 conservent une lisibilité remarquable au regard de leur catégorie tarifaire. Les différentes couches de l’enregistrement ne se fondent pas dans une masse confuse ; la voix reste intelligible et convenablement incarnée, tandis que les instruments trouvent leur place sans que l’un d’eux soit artificiellement détaché du reste.

Cette cohérence est importante. Certaines enceintes donnent l’impression de démonter un enregistrement pour en exposer séparément chaque pièce, comme un mécanicien disposerait les éléments d’un moteur sur son établi. Les Revival Audio Sprint 3 préfèrent restituer l’œuvre dans sa continuité. Elles montrent suffisamment de détails pour comprendre l’arrangement, mais refusent de sacrifier la musique au plaisir assez vain de l’inventaire.

Le grave accompagne cette matière avec une certaine retenue. Il descend convenablement pour une enceinte de ce volume, sans chercher à produire une assise artificiellement spectaculaire. Dans la majeure partie du registre, il reste rapide et bien intégré au médium. Sur les passages plus riches, toutefois, on peut souhaiter davantage de fermeté et de précision, notamment dans la partie située sous 80 Hz.

À l’écoute, une légère rondeur apparaît également autour de la zone d’accord de l’évent. Elle n’envahit jamais le message, mais peut donner à certaines notes une épaisseur un peu uniforme, surtout lorsque la pièce renforce déjà cette région du spectre. Ce n’est pas le grave envahissant de certaines concurrentes conçues pour impressionner entre deux portes, mais ce n’est pas davantage la rigueur d’une enceinte close ou d’un système beaucoup plus ambitieux.

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John Zorn : contenir le vertige

"Mount Analogue" de John Zorn permet d’examiner un autre aspect du comportement des Revival Audio Sprint 3. Les ruptures, les tensions et les changements de climat y sont suffisamment nombreux pour donner des sueurs froides à bien des filtres passifs.

Les Revival Audio Sprint 3 maintiennent une excellente lisibilité. Les écarts dynamiques restent compréhensibles, les instruments ne se confondent pas et la construction musicale conserve sa logique malgré sa complexité. Elles ne perdent jamais complètement pied, ce qui, à ce niveau de prix, constitue déjà une qualité remarquable.

Pourtant, leur grande politesse finit ici par montrer son envers. Les Revival Audio Sprint 3 contiennent légèrement les débordements, comme si elles refusaient de laisser la musique devenir tout à fait dangereuse. Les attaques pourraient posséder davantage de franchise, les contrastes davantage de violence et la scène sonore s’ouvrir avec une liberté supérieure.

Cette retenue participe à leur élégance et permet de les écouter longtemps sans fatigue. Elle instaure toutefois une légère distance lorsque l’œuvre réclame du vertige, de la brutalité ou une forme d’abandon. Là où certaines enceintes bousculent parfois trop volontiers l’auditeur, les Revival Audio Sprint 3 demanderaient presque pardon avant de déplacer un meuble.

Une écoute juste, mais pas absolument transparente

Le passage à l’ensemble Eversolo T10, DAC-Z10 et Leema Hydra II Anniversary ne modifie pas ce constat. L’électronique plus ambitieuse met en évidence la stabilité des enceintes, leur cohérence et la qualité générale de leur registre médian. Elle confirme aussi que leur équilibre n’est pas le résultat d’une association miraculeuse avec le Roksan Attessa.

Elle révèle cependant plus clairement les limites de leur tweeter. L’aigu reste propre, doux et remarquablement dépourvu d’agressivité. Il ne produit ni dureté systématique ni scintillement artificiel. Sur les enregistrements lumineux, cette prudence constitue même une bénédiction.

Mais si l’on écarte un instant toute considération de prix pour juger les Revival Audio Sprint 3 selon des critères absolus, le haut du spectre manque d’une certaine richesse harmonique. Les extinctions de notes pourraient se prolonger davantage, les réverbérations révéler plus finement leur texture et les harmoniques supérieures apporter davantage de lumière naturelle aux cordes, aux cymbales ou aux instruments à vent. Ce n’est pas un aigu écourté ou terne ; il lui manque simplement cette dernière floraison qui transforme une restitution correcte en sensation pleinement organique.

La même lecture peut être faite du registre grave. Il offre une extension tout à fait honorable pour une enceinte bibliothèque équipée d’un unique haut-parleur de 18 cm, mais sa précision diminue légèrement sous 80 Hz. La zone d’accord bass-reflex apporte un peu de volume et de générosité, au prix d’une petite boursouflure perceptible sur certains enregistrements. Le positionnement dans la pièce pourra atténuer ou accentuer ce phénomène, sans toutefois le faire totalement disparaître.

Enfin, la scène sonore demeure stable, ordonnée et intelligible, mais ne possède pas l’ampleur ni la liberté que peuvent offrir des enceintes plus ambitieuses. Les Revival Audio Sprint 3 savent parfaitement placer les musiciens ; elles ouvrent simplement une fenêtre de dimensions raisonnables plutôt qu’une baie donnant sur l’infini.

Ces réserves doivent cependant être replacées dans leur juste perspective. Elles apparaissent lorsque l’on juge les Revival Audio Sprint 3 indépendamment de leur prix et qu’on les nourrit avec des électroniques capables de mettre leurs limites en pleine lumière. À 1 100 euros la paire, leur reprocher de ne pas posséder la richesse harmonique, la profondeur du grave et l’ouverture spatiale d’enceintes coûtant trois ou quatre fois plus cher relèverait d’une sévérité assez commode.

Dans leur catégorie, elles se placent très haut.

Elles ne cherchent jamais à séduire par une caricature sonore et préfèrent la cohérence à l’esbroufe, la durée à l’effet immédiat. Après plusieurs heures, on cesse progressivement d’observer le grave, l’aigu ou la largeur de la scène. Le système s’efface derrière un flux continu, naturel et facile à suivre.

C’est alors que les Revival Audio Sprint 3 prennent véritablement tout leur sens. Non dans le choc des premières secondes, mais dans cette évidence discrète qui donne envie de poursuivre l’écoute, album après album.

Et lorsque vient le moment de les débrancher, on hésite encore un instant.

Ce sont souvent les enceintes qui parlent le moins fort qui laissent les souvenirs les plus persistants.

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Les Notes  :
   Fabrication : 13/20
   Image : 13/20
   Timbres : 14/20
   Dynamique : 14/20
   Transparence : 14/20
   Naturel : 14/20 
   Qualité/Prix : 19/20
 

 Les propos et les avis énoncés dans ce test n'engagent que l'auteur de ce test et en rien la société Opus 51. Les avis donnés ne concernent que le produit testé.

 

Lu 549 fois Dernière modification le vendredi, 28 août 2026 10:54
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