L’Empire du Milieu écoute aussi la musique
Depuis plusieurs jours, je travaille à la préparation d’un voyage que je vais effectuer en Chine avec mon épouse. Nous voulons sortir des grands axes reliant Hong Kong, Canton et Macao, quitter un peu les façades de verre, les centres commerciaux et les itinéraires trop bien balisés pour retrouver des villages, des marchés, des visages et, peut-être, une part de l’histoire familiale.
Planifier un tel voyage exige du temps, quelques cartes, de longues discussions et cette faculté particulière consistant à transformer une belle idée en un tableau rempli de dates, d’horaires et de correspondances. Écouter un peu de musique au milieu de ce travail devient alors un plaisir salutaire.
Ironie délicieuse : les deux appareils qui m’accompagnent aujourd’hui viennent précisément de cet Empire du Milieu.
La Chine de cette fin des années 2020 est devenue un acteur majeur du monde de la haute-fidélité. Elle ne se contente plus de produire rapidement et à moindre coût pour le compte des autres. Ses meilleures marques conçoivent désormais des appareils originaux, technologiquement ambitieux, parfaitement construits et réellement respectueux de la musique.
FiiO et Hifiman en sont deux exemples particulièrement éloquents. Le premier nous propose ici un casque fermé à un tarif presque dérisoire au regard de sa fabrication et de ses performances. Le second fournit le Serenade Wi-Fi utilisé comme source, une petite merveille encore beaucoup trop méconnue.
Pendant ce temps, certaines marques occidentales paraissent davantage préoccupées par leur positionnement social que par la musique. Elles imaginent des produits destinés aux classes financièrement supérieures et aux nouveaux riches du monde entier, augmentent les tarifs, épaississent les façades et rédigent de longues histoires autour d’une vis en aluminium aéronautique. La musicalité, elle, semble parfois être restée coincée dans le service marketing.
Fort heureusement, le FiiO FT1 ne possède aucune vis ayant voyagé dans l’espace. Il se contente de vouloir faire de la musique.
Un casque d’entrée de gamme qui l’ignore encore
Il existe heureusement des produits capables de rappeler que la haute-fidélité n’est pas nécessairement une affaire de chiffres à quatre zéros. Le FiiO FT1 appartient à cette espèce devenue assez rare : celle des appareils accessibles dont la première qualité consiste à ne jamais donner l’impression d’avoir été conçus au rabais.
Proposé autour de 150 euros, ce casque fermé circum-aural affiche même une fiche technique et une dotation que certains concurrents autrement plus coûteux pourraient lui envier : coques en bois massif, transducteurs dynamiques de 60 mm, câbles asymétrique et symétrique, étui de transport…
À ce tarif, FiiO ne semble pas avoir reçu le mémo expliquant qu’il fallait désormais vendre séparément les accessoires indispensables.
Mais une belle fiche technique, fût-elle gravée dans du noyer, ne suffit évidemment pas à faire de la musique.

Une présentation étonnamment soignée
Notre exemplaire adopte la finition "Black Walnut", réalisée en noyer noir américain. Le bois est réellement superbe, avec des nuances chaleureuses et un veinage suffisamment irrégulier pour donner à chaque exemplaire une personnalité légèrement différente.
Dans cette gamme de prix, l’attention portée à la présentation est remarquable. Sous la lumière douce de ce matin pluvieux, les coques semblent changer de teinte à chaque mouvement. Tantôt brunes, tantôt presque cuivrées, elles apportent au casque un caractère chaleureux que les plastiques noirs, fussent-ils « premium », peinent généralement à reproduire.
L’armature métallique apparaît en revanche un peu plus rustre. Elle ne possède ni la finesse de dessin ni la délicatesse de finition des modèles beaucoup plus coûteux. L’ensemble semble solide et fonctionnel, mais le contraste entre la beauté du noyer et l’aspect presque industriel de l’arceau ne passe pas complètement inaperçu.
Gardons cependant le sens des réalités : à environ 150 euros, il serait assez malvenu de reprocher au FiiO FT1 de ne pas présenter la finition d’un casque vendu cinq ou dix fois plus cher. FiiO a manifestement concentré ses moyens là où ils sont les plus utiles.
Un casque fait pour être porté
Avec ses 340 grammes, le FiiO FT1 n’est pas un poids plume absolu, mais sa masse est correctement répartie. La pression latérale demeure raisonnable et les coussinets entourent confortablement les oreilles.
Plus important encore, il peut être conservé pendant de longues séances sans provoquer de surchauffe excessive. C’est un détail qui n’en est pas un : certains casques fermés transforment rapidement les oreilles en deux petites serres tropicales. Le FiiO reste beaucoup plus civilisé.
Son isolation passive vis-à-vis de l’environnement extérieur est également convaincante. Elle permet de s’immerger dans la musique sans devoir exagérer le niveau sonore. Cette observation doit toutefois être replacée dans son contexte : le FiiO FT1 a été essayé exclusivement en intérieur. Je ne prétendrai donc pas connaître son comportement dans un train, un avion ou au milieu d’une rame de métro décidée à participer au concert.
Un imposant transducteur dynamique
Le FiiO FT1 est un casque fermé équipé d’un transducteur dynamique de 60 mm. Sa membrane utilise un matériau composite associant du polyuréthane et des fibres de bois. Le fabricant lui adjoint une suspension en forme de W ainsi qu’un conduit acoustique chargé de mieux contrôler les résonances internes et de favoriser l’extension du registre grave.
Avec une impédance de 32 ohms et une sensibilité de 98 dB pour 1 mW, il ne présente aucune difficulté particulière à alimenter. Il pourra fonctionner avec une source nomade convenable, même si l’emploi d’un véritable DAC-amplificateur pour casque lui permettra naturellement d’exprimer davantage ses possibilités.
Deux câbles détachables d’environ 1,5 m sont fournis. Le premier se termine par une prise asymétrique de 3,5 mm ; le second adopte une connexion symétrique de 4,4 mm. Une véritable housse de transport accompagne également le casque.
FiiO n’a donc pas seulement construit un produit accessible : la marque a pensé à celui qui allait l’acheter et l’utiliser. Cette nuance, pourtant élémentaire, semble aujourd’hui relever d’un raffinement exceptionnel.

Conditions d’écoute
Pour ce test, le FiiO FT1 a principalement été associé au Hifiman Serenade Wi-Fi.
Le Serenade reste à mes oreilles une petite merveille encore trop peu connue. À la fois lecteur réseau, convertisseur numérique-analogique et amplificateur pour casque, il offre au FiiO FT1 une source suffisamment transparente et ambitieuse pour révéler ses qualités comme ses limites.
L’association peut paraître financièrement disproportionnée. Elle permet pourtant de déterminer jusqu’où ce modeste casque est capable d’aller lorsqu’on lui donne une source de grande qualité. Et, dès les premières minutes, la réponse est assez déconcertante : beaucoup plus loin que son tarif ne pourrait le laisser imaginer.
Ma playlist sort ses griffes
Pour évaluer le FiiO FT1, je retrouve ma [playlist de référence sur Qobuz](https://open.qobuz.com/playlist/5856048). Depuis plusieurs années, elle accompagne mes essais et soumet les appareils aux mêmes difficultés : profondeur du grave, véracité des timbres, richesse harmonique, différenciation des voix, dynamique et capacité à organiser une scène sonore crédible.
Une playlist construite sans grande pitié. En haute-fidélité comme dans certaines tragédies wagnériennes, tout le monde n’arrive pas vivant à la fin.
Une écoute immédiatement séduisante
Dès les premières minutes, le FiiO FT1 surprend par l’ampleur et la qualité de son rendu. Sa restitution présente un caractère légèrement physiologique, avec une mise en valeur assumée du registre grave et une partie supérieure du spectre plus mesurée.
Les œuvres pour orgue, notamment le "Canon" de Pachelbel et la "Toccata" de James MacMillan, confirment immédiatement les dispositions du FiiO FT1 dans le bas du spectre. Le casque descend avec une aisance surprenante et donne aux jeux de pédale une présence physique inhabituelle à ce niveau de prix.
Le grave est généreux, parfois légèrement mis en avant, mais il reste ferme et correctement dessiné. Les notes sont perceptibles dans leur développement et ne se résument pas à une vague pression exercée contre les tympans. Le FiiO FT1 procure de l’assise et de la matière sans transformer les fondations de l’édifice musical en une purée sonore vaguement spectaculaire.
Une douceur qui ne manque pas de souffle
La flûte à bec de Lucie Horsch permet de mieux cerner l’équilibre du casque. L’instrument possède de la matière, du souffle et une agréable douceur. Le haut médium paraît toutefois légèrement en retrait : certaines attaques et certaines harmoniques pourraient bénéficier de davantage de lumière.
Cette relative discrétion prive parfois l’instrument d’un peu de présence, mais elle protège également l’écoute de toute agressivité.
Cette caractéristique se retrouve avec le violon d’Isabelle Faust dans les "Partitas" de Bach. Le FiiO FT1 restitue correctement le corps de l’instrument et ne réduit pas le violon au seul frottement de l’archet sur les cordes. Les timbres restent chaleureux et crédibles, même si un casque plus ambitieux révélera plus aisément toute la richesse harmonique du Stradivarius et les variations les plus infimes de la pression exercée par l’archet.
Il faut néanmoins se souvenir du prix des concurrents capables d’aller beaucoup plus loin. Comparer le FiiO FT1 à ces modèles constitue déjà, en soi, une forme de compliment.

De la chair autour des notes
Le grand piano offre au FiiO FT1 une nouvelle occasion d’exprimer ses qualités dans le registre inférieur. La main gauche possède du poids, les notes sont pleines et les impacts suffisamment francs.
Le FiiO FT1 aime manifestement donner de la chair aux instruments. Il ne possède ni la transparence absolue ni la liberté dynamique des meilleurs casques, mais il évite cette reproduction sèche et désincarnée parfois présentée comme une preuve de fidélité. Un instrument de musique n’est pas un assemblage de fréquences parfaitement rangées : il possède un corps, une respiration et une présence. Le FiiO FT1 semble l’avoir compris.
Avec les huit chanteurs de VOCES8, l’écoute reste intelligible et agréablement équilibrée. Les différentes tessitures sont correctement différenciées, sans dureté sur les voix féminines ni épaississement excessif des voix graves.
La scène sonore demeure logiquement plus intime que celle offerte par un grand casque ouvert. Elle ne donne pourtant pas l’impression d’être emprisonnée entre les deux coques en noyer. L’espace conserve une organisation crédible et suffisamment aérée pour que la polyphonie ne s’effondre pas sur elle-même.
Beethoven résiste à l’épreuve
La Neuvième Symphonie de Beethoven dirigée par Manfred Honeck confronte enfin le FiiO FT1 à un grand orchestre, aux masses chorales et à des écarts dynamiques autrement plus redoutables.
Le casque ne prétend évidemment pas reproduire l’ampleur physique d’un véritable système haute-fidélité installé dans une grande pièce. Il conserve néanmoins une organisation satisfaisante, une bonne assise et suffisamment de lisibilité pour que l’orchestre ne se transforme pas en bouillie symphonique lorsque le discours se densifie.
Les différents pupitres restent identifiables, les percussions conservent leur impact et les voix ne deviennent jamais douloureuses. Il manque sans doute un peu d’ouverture, d’air et de lumière pour atteindre la sensation de liberté offerte par les références du marché. Mais, une nouvelle fois, celles-ci ne fréquentent pas vraiment les mêmes quartiers tarifaires.
Une signature sonore assumée
Au fil de cette playlist, le caractère du FiiO FT1 devient évident. Sa restitution est légèrement physiologique : le grave est généreux, bien dessiné et précis, tandis que le haut médium demeure plus discret.
Le casque ne recherche pas la neutralité clinique. Il privilégie le plaisir, la densité et le confort d’écoute. Les puristes pourront lui reprocher cette légère retenue dans le haut médium, une transparence perfectible ou une scène sonore moins ouverte que celle de modèles beaucoup plus coûteux.
Dans la réalité d’une écoute musicale prolongée, ces limites deviennent rarement gênantes. Le FiiO FT1 reste agréable avec tous les répertoires et ne transforme jamais une prise de son moyenne en instrument de torture audiophile.
Il ne cherche pas à disséquer la musique pour en exposer chaque fibre sous une lumière blafarde. Il préfère la laisser vivre, circuler et respirer, à l’image de cette pluie enfin revenue sur Reims.

Conclusion : et si j’avais eu ce casque il y a trente ans ?
Le FiiO FT1 n’est pas parfait. Son armature métallique manque un peu de raffinement, son haut médium pourrait être plus présent et les meilleurs casques vont naturellement plus loin en matière d’ouverture, de transparence et de richesse harmonique.
Mais parler trop longuement de ces limites reviendrait à oublier l’essentiel : ce casque coûte environ 150 euros.
Pour ce prix, il propose de superbes coques en bois massif, une fabrication très satisfaisante, un excellent confort, une bonne isolation passive, deux câbles, une housse de transport et, surtout, une restitution musicale généreuse, cohérente et jamais agressive.
Sur le moment, j’ai réellement été surpris par la qualité du résultat. Plus étrange encore, une pensée s’est imposée : si j’avais pu bénéficier d’une telle qualité d’écoute à ce tarif il y a trente ans, je serais peut-être devenu un grand adepte du casque.
Il suffit finalement de bien choisir son fauteuil.
Dehors, la pluie continue de tomber sur la cathédrale. L’Ange retrouve doucement son sourire, la terre respire et, dans les coques en noyer du FiiO FT1, la musique semble avoir trouvé un abri.
