
Solen Audio : sortir des sentiers battus
Installée à Grenoble, Solen Audio est une marque française dont la philosophie ne consiste pas simplement à reprendre des schémas éprouvés, à modifier quelques composants puis à proclamer, trois communiqués de presse plus tard, que l’on vient de réinventer la haute fidélité.
La maison revendique au contraire une véritable démarche de recherche : explorer des architectures différentes, concevoir ses propres solutions et faire travailler ensemble technique, musicalité et esthétique. Cette indépendance intellectuelle se retrouve dans une gamme volontairement resserrée comprenant amplificateurs, convertisseurs, préamplificateur phono et enceintes acoustiques.
Solen Audio ne cherche manifestement pas à occuper chaque case d’un catalogue. La marque préfère développer quelques produits possédant une identité technique clairement définie. Les enceintes Helya et Helios utilisent ainsi une charge propriétaire baptisée « Hybrid Enclosed Line », tandis que le CV40 remet en lumière une architecture d’amplification devenue rare : le Circlotron.
Il faut également s’arrêter quelques instants sur cette expression devenue si commode et parfois si élastique : « fabriqué en France ». Chez Solen Audio, elle ne se limite pas à la pose d’une plaque signalétique ou au dernier tour de tournevis. Les tôleries sont usinées en France, les transformateurs d’alimentation et de sortie sont bobinés suivant les spécifications de la marque, tandis que les amplificateurs sont assemblés à Grenoble.
Dans une époque où certains produits prétendument nationaux ont parfois davantage voyagé que leurs futurs propriétaires, cette réalité industrielle mérite d’être soulignée.

Le CV40 : un amplificateur à tubes qui refuse la nostalgie
Le CV40 occupe le sommet de la gamme des amplificateurs intégrés Solen Audio. Son apparence évite avec bonheur les dorures, les cages surchargées et les clins d’œil appuyés aux laboratoires de savants soviétiques. Son coffret entièrement réalisé en aluminium présente des lignes sobres, modernes et suffisamment personnelles pour que l’appareil ne ressemble pas à une énième variation autour du sempiternel parallélépipède noir.
Avec ses dimensions de 450 × 380 × 135 mm et ses 20 kilogrammes, le CV40 reste toutefois un amplificateur sérieux, au sens propre comme au figuré. Sa façade propose les commandes essentielles, complétées par une télécommande, tandis que cinq entrées analogiques asymétriques sur prises RCA permettent de raccorder les différentes sources.
Pas de débauche fonctionnelle ni d’écran transformant l’écoute en séance de contrôle aérien : le CV40 demeure avant tout un amplificateur intégré analogique entièrement consacré à son rôle.
Proposé à 5 190 euros au moment de ce test, il se situe déjà dans une catégorie ambitieuse, mais son tarif demeure cohérent au regard de son architecture, de sa réalisation et de sa fabrication française. Le fait qu’un appareil soit artisanal ne suffit évidemment pas à garantir qu’il soit musical ; cela lui évite simplement d’être jugé comme un produit industriel ordinaire auquel on aurait ajouté une poignée de bois, quelques condensateurs exotiques et une histoire émouvante.

Le Circlotron : lorsque les tubes apprennent à courir
Le véritable intérêt du CV40 se trouve naturellement sous son capot. Il s’agit d’un amplificateur entièrement à tubes utilisant une architecture Circlotron, popularisée notamment par Electro-Voice au cours des années 1950 avant d’être largement abandonnée par les fabricants. Solen Audio a repris ce principe, l’a longuement étudié puis adapté afin de l’associer à des tubes de puissance EL84.
Sans entrer dans un cours d’électronique qui risquerait de faire fuir même les lecteurs les plus courageux, le Circlotron repose sur une organisation particulièrement symétrique de l’étage de sortie et sur des alimentations flottantes. Dans le CV40, un double push-pull d’EL84 travaille avec une sortie cathodique et attaque les haut-parleurs sous une faible impédance. La mise en parallèle des tubes contribue à abaisser cette impédance de sortie et à améliorer la capacité de l’amplificateur à contrôler les mouvements des haut-parleurs.
Cette architecture cherche ainsi à réunir des qualités que l’on oppose trop souvent : la richesse harmonique, la douceur et la beauté des timbres traditionnellement associées aux tubes, mais également la rapidité, la précision et l’autorité que l’on attend généralement d’un bon amplificateur à transistors.
L’alimentation adopte une construction double mono, chaque canal disposant ainsi de ressources largement indépendantes. Les hautes tensions sont régulées afin d’exploiter les EL84 dans des conditions stables, tandis que la grande linéarité du montage permet de limiter le recours à la contre-réaction globale. Sur le papier, ces choix doivent favoriser la dynamique, la précision de la scène sonore et le respect des timbres sans imposer à la musique cette sorte de vernis chaleureux que certains continuent de confondre avec la musicalité.
Solen Audio a également pensé à ceux qui souhaitent écouter leur amplificateur plutôt que passer leurs dimanches à le régler. La polarisation des EL84 est automatique, ce qui simplifie leur remplacement et limite les opérations de maintenance. Le séquencement de l’allumage ménage pour sa part les tubes de puissance et doit contribuer à prolonger leur durée de vie.
Le constructeur annonce une puissance de 40 watts sous 4 ou 8 ohms, pour une distorsion donnée à 5 % à la puissance maximale. La distorsion descend à 0,03 % à 1 watt et 1 kHz, tandis que la bande passante s’étend de 10 Hz à 30 kHz à 20 watts.
Ces chiffres sont intéressants, mais ils ne racontent évidemment qu’une partie de l’histoire. Quarante watts peuvent paraître modestes face aux puissances à trois chiffres dont se parent certaines électroniques modernes ; encore faut-il savoir comment ils sont délivrés, avec quelles enceintes et dans quel volume de pièce.

Un amplificateur à tubes pour ceux qui se méfient des amplificateurs à tubes
Pour être tout à fait honnête avec vous, noble lecteur, je n’ai jamais été un grand admirateur des électroniques à tubes. Trop souvent, j’y ai entendu des colorations flatteuses mais excessives, une bande passante écourtée à ses deux extrémités, un grave manquant de fermeté et une image sonore généreusement agrandie, comme si la musique avait soudain décidé de prendre deux tailles de costume.
Une certaine idée du beau son, sans doute, mais pas toujours celle de la vérité.
Or, lors de ma première écoute du CV40, j’ai cru entendre un excellent amplificateur à transistors. Mieux encore : une électronique en classe A réellement bien conçue — et non, je ne pense pas ici à Accuphase…
Les séances suivantes n’ont fait que confirmer cette première impression. Rapidité, dynamique, instantanéité et neutralité figuraient parmi les qualités les plus immédiatement perceptibles, sans que cette rigueur se traduise par une écoute sèche ou désincarnée. Le CV40 possède, au contraire, beaucoup de matière et sait donner aux timbres cette densité qui rend les interprètes présents, presque palpables.
Mais gardons-nous de transformer un enthousiasme sincère en béatification prématurée. Cet amplificateur est si attachant que l’on aimerait le croire capable d’alimenter n’importe quelle enceinte. Comme toute électronique, il possède pourtant ses limites.
Associé à quelques « monstres » particulièrement exigeants, parfois proposés à plusieurs dizaines de milliers d’euros, ses 40 watts et son alimentation ont fini par montrer certaines faiblesses. Le CV40 ne manque ni de courage ni de tempérament, mais même les héros français ne gagnent pas toutes les batailles.
À ce jour, mes écoutes les plus convaincantes ont naturellement été réalisées avec les enceintes Solen Audio. L’association avec les modèles large bande d’EQaudio s’est également révélée exceptionnelle de naturel et de réalisme, tandis que les Intrada Claude ont manifestement beaucoup apprécié sa présence.
Le choix des enceintes sera donc essentiel. Convenablement entouré, le CV40 ne cherche pas à reproduire une caricature enjôleuse du tube. Il accomplit quelque chose de beaucoup plus rare : il conserve la matière, la richesse et l’humanité que l’on vient chercher auprès des lampes, tout en faisant oublier leur présence.
Reste maintenant à ouvrir quelques albums et à comprendre, morceau après morceau, comment cette singulière électronique française transforme ces premières impressions en véritable expérience d’écoute.
Car un schéma original, quelques kilogrammes de transformateurs et une belle rangée d’EL84 ne suffisent pas à faire de la Musique.
Mais, dans le cas du CV40, ils y contribuent manifestement beaucoup.

Le CV40 en quelques chiffres
Le Solen Audio CV40 est un amplificateur intégré entièrement à tubes reposant sur une architecture Circlotron et un double push-pull d’EL84.
Il délivre 40 watts sous 4 ou 8 ohms, avec une distorsion annoncée de 0,03 % à 1 watt et 1 kHz, tandis que sa bande passante s’étend de 10 Hz à 30 kHz à 20 watts.
Son alimentation double mono, ses hautes tensions régulées, son faible taux de contre-réaction et la polarisation automatique des tubes participent autant à ses performances qu’à sa facilité d’utilisation.
Le séquençage de l’allumage protège les tubes de puissance et doit contribuer à prolonger leur durée de vie.
Côté pratique, il dispose de cinq entrées analogiques RCA et d’une télécommande.
Son châssis entièrement réalisé en aluminium mesure 450 × 380 × 135 mm pour un poids conséquent de 20 kg.
Tarif au 07-10-2026 : 5.200 euros ttc
Lien Boutique Web : https://www.opus51.net/home/solen-audio-cv40.html

Supertramp — Crime of the Century : un printemps en octobre
Est-ce l’âge qui, insidieusement, nous ramène vers les musiques de notre adolescence ? Ou peut-être l’étrange concordance entre ce qui se joue dans les rues de France en ce début d’octobre et les inquiétudes sociales, les désillusions, les rêves contrariés qui parcouraient déjà Crime of the Century il y a plus d’un demi-siècle ? Toujours est-il que j’ai ressenti l’envie soudaine de retrouver Supertramp et cet album qui accompagna une partie de ma jeunesse.
Je pensais connaître ce disque. Je l’avais tant écouté que je croyais pouvoir en anticiper chaque respiration, chaque rupture, chaque entrée du piano. Pourtant, avec le Solen Audio CV40, ce fut presque une redécouverte. Non pas parce que l’amplificateur en rajoute ou cherche à rajeunir artificiellement l’enregistrement, mais parce qu’il en restitue toute la richesse avec une évidence assez désarmante.
La qualité des timbres frappe immédiatement. Les voix possèdent de la chair sans être alourdies, le piano retrouve son attaque et sa résonance, tandis que les percussions surgissent avec une vivacité que je n’associe pas spontanément à une électronique à tubes. Le Solen Audio CV40 ne se contente pas d’arrondir les angles ou de répandre sur l’enregistrement cette lumière dorée dont certains amplificateurs à lampes abusent comme d’un filtre photographique. Il respecte les contrastes, les silences, les montées en tension et cette dynamique presque théâtrale qui donne à l’album une grande partie de sa force.
La scène sonore se déploie avec ampleur, mais sans cette dilatation artificielle qui transforme parfois quatre musiciens en orchestre symphonique. Chaque élément trouve naturellement sa place, avec une profondeur convaincante et une belle stabilité. La musique respire, avance, bondit lorsqu’elle doit bondir. Le Solen Audio CV40 sait être rapide, presque instinctif, tout en conservant cette matière et cette humanité que l’on espère encore trouver dans une électronique à tubes.
Tout est là : la vivacité, la dynamique, la beauté des timbres et l’espace. Mais, au-delà des critères habituels de l’audiophilie, il demeure surtout cette sensation infiniment plus précieuse de retrouver une musique ancienne avec des oreilles neuves.
En plein mois d’octobre, Crime of the Century éclot ainsi comme un jeune printemps.
La voix Opus 51 m’a conduit à privilégier la redécouverte musicale et le souvenir personnel, tout en laissant les qualités du Solen Audio CV40 apparaître naturellement derrière l’album.
Yelena Eckemoff — Scenes from the Dark Ages : la porte vers un autre monde
Une fois refermé Crime of the Century, le voyage dans le temps ne s’est curieusement pas interrompu. En ce premier véritable jour d’automne — enfin, si la pluie annoncée pour l’après-midi consent à respecter ses engagements — il est à peine six heures du matin lorsque je lance Scenes from the Dark Ages de Yelena Eckemoff.
Née à Moscou en 1962 et naturalisée américaine, Yelena Eckemoff est pianiste et compositrice, mais également poétesse et artiste visuelle. Cette pluralité artistique n’est sans doute pas étrangère au caractère profondément évocateur de sa musique. Paru en 2025, cet album me ramène lui aussi vers une époque désormais lointaine : celle où je passais de longues soirées de week-end avec quelques amis autour d’une table, plongés dans des parties de Donjons & Dragons.
Nostalgie, quand tu nous tiens…
Ce ne sont pourtant pas ici de vieilles mélodies retrouvées qui réveillent mon adolescence, mais les thèmes, les harmonies et les atmosphères de l’album. Ils font surgir des paysages imaginaires, des cités oubliées, des forêts inquiétantes et quelques créatures dont il valait mieux ne pas croiser le chemin sans un magicien suffisamment expérimenté dans son équipe. La musique établit ainsi une correspondance étrange entre l’homme que je suis devenu et ce «moi» d’autrefois, capable de partir à l’aventure sans quitter une table encombrée de dés aux formes improbables.
Et puisque nous parlons de magie, revenons au Solen Audio CV40. À son écoute, j’ai parfois l’impression d’avoir trouvé la bonne baguette et, surtout, le sortilège adéquat : celui qui permettrait de transformer l’ivraie en un blé de première qualité. L’image est sans doute excessive, mais elle traduit assez justement la faculté de cet amplificateur à révéler la beauté d’un enregistrement sans jamais sembler la fabriquer.
Tout devient fluide, naturel, évident. Les thèmes se développent sans raideur, les harmonies conservent leur richesse et la musique avance avec cette continuité organique qui permet d’oublier les tubes, les transformateurs et tout l’attirail technique installé devant soi. Le Solen Audio CV40 ne découpe pas le message pour en exhiber les détails ; il les intègre à un ensemble cohérent, vivant, habité. Il ne cherche pas davantage à impressionner par une démonstration spectaculaire. Il laisse simplement l’univers de Yelena Eckemoff prendre forme dans la pièce.
En un mot — même si je sais combien il est imprécis, galvaudé et parfois utilisé pour excuser bien des colorations —, le résultat est musical.
Réellement musical.
Je n’ai plus envie d’analyser la réponse dans le grave, la profondeur de la scène sonore ou la vitesse des attaques. J’ai simplement envie de m’asseoir, de me plonger dans cet album singulier et de franchir la porte qu’il entrouvre.
Partir ailleurs.
Là où les magiciens existent encore et où le monde est, peut-être, un peu meilleur.
Mahler — Des Knaben Wunderhorn : le Philharmonique de New York dans vingt mètres carrés
Pour rester encore un peu auprès des albums qui accompagnèrent mon adolescence, je retrouve Gustav Mahler et ces chants tirés du Des Knaben Wunderhorn. Cette anthologie, constituée au début du XIXe siècle par Achim von Arnim et Clemens Brentano, rassemble des poèmes populaires allemands puisés dans des traditions orales, mais aussi dans d’anciens livres de prières, des chroniques et des almanachs. Un imaginaire venu de très loin, traversé par l’amour, la guerre, la faim, l’enfance, la mort et cette ironie parfois cruelle que Mahler savait si bien métamorphoser en musique.
La réédition remastérisée que j’écoute réunit en réalité deux enregistrements distincts. Dans Des Knaben Wunderhorn, Leonard Bernstein dirige le New York Philharmonic avec Christa Ludwig, mezzo-soprano, et Walter Berry, baryton-basse. Les quatre Lieder eines fahrenden Gesellen placés à la suite sont, quant à eux, interprétés par Dietrich Fischer-Dieskau, accompagné au piano par Bernstein.
Ces chants constituent une porte d’entrée idéale dans l’univers mahlérien. On y rencontre déjà les oppositions qui nourriront ses grandes symphonies : l’innocence et le grotesque, la marche militaire et la chanson populaire, la lumière la plus pure soudain rattrapée par l’angoisse ou la mort. Plusieurs de ces pages viendront d’ailleurs irriguer directement les Deuxième, Troisième et Quatrième Symphonies. Chez Mahler, le Lied n’est jamais un simple salon miniature : il contient déjà tout un monde.
Mahler fut l’un des musiciens essentiels de la charnière entre le XIXe et le XXe siècle. Juif de culture austro-bohémienne, il se convertit au catholicisme en 1897, moins, semble-t-il, par illumination spirituelle que pour lever l’obstacle que son judaïsme représentait à sa nomination à la tête de l’Opéra de la Cour de Vienne. Dans l’Empire austro-hongrois finissant, même le génie devait parfois présenter les bons papiers à l’entrée.
Cette œuvre constitue également une épreuve redoutable pour un système Hi-Fi. Un grand orchestre symphonique, deux voix aux tessitures très différentes, des changements constants de climat, des passages intimistes suivis d’explosions orchestrales : tout ce qu’il faut pour révéler en quelques minutes les limites d’un amplificateur.
Or, avec le Solen Audio CV40, j’assiste à un véritable feu d’artifice sonore.
Les timbres possèdent une vérité légèrement transcendée, comme si l’amplificateur ajoutait à leur justesse une infime part de lumière sans jamais les travestir. La voix de Christa Ludwig se déploie avec cette couleur profonde, charnelle et souveraine qui la rend immédiatement reconnaissable. Celle de Walter Berry, plus sombre, conserve toute sa densité sans être épaissie ni enfermée dans le bas du spectre. Deux tessitures, deux présences, deux humanités parfaitement distinctes.
La dynamique semble presque sans limites. Le Solen Audio CV40 passe de la confidence à l’éclat orchestral avec une vivacité stupéfiante pour une électronique à tubes. Il ne tasse pas les montées en puissance, ne ralentit pas les attaques et ne transforme pas le New York Philharmonic en une aimable formation de chambre. Les pupitres jaillissent, les couleurs orchestrales éclatent de mille feux et Bernstein mène l’ensemble avec cette énergie théâtrale qui fut l’une de ses signatures.
Dans mon salon de vingt mètres carrés, les murs ont soudain bien du mal à contenir le Philharmonique de New York, alors dans une forme éclatante. L’espace semble reculer devant l’orchestre, la musique envahit la pièce et les quarante watts annoncés par Solen Audio paraissent, dans cette association, singulièrement plus nombreux qu’ils ne le sont sur la fiche technique.
Le Solen Audio CV40 réussit surtout à préserver l’essentiel : derrière la puissance orchestrale, il laisse entendre la fragilité, l’ironie et la violence contenues dans ces chants. Il ne réduit jamais Mahler à une démonstration spectaculaire. Il en restitue les contrastes, les ambiguïtés et cette manière unique de faire surgir tout un univers d’une mélodie qui semblait, quelques secondes auparavant, presque innocente.
Le feu d’artifice est bien réel.
Mais chaque lumière possède ici une couleur, une intention et une âme.

Conclusion — Le charme sans les vieux démons
Au terme de ces semaines passées en compagnie du Solen Audio CV40, le constat est finalement assez simple : j’ai réellement aimé cet amplificateur.
Cette conclusion mérite d’être soulignée, car je suis devenu, avec les années, de moins en moins sensible aux électroniques à lampes. Trop nombreuses sont celles qui imposent leur propre vision de la musique : une colorimétrie exagérément chaude, un grave confortable mais mollasson, une dynamique assagie et une bande passante dont les extrémités semblent avoir été poliment priées de quitter la pièce. Cela peut séduire quelques minutes, parfois quelques heures, mais cette beauté trop systématique finit par transformer tous les enregistrements en variantes d’un même paysage automnal.
Le Solen Audio CV40 échappe largement à ces travers.
Dès les premières minutes, son charme a opéré. Non par une séduction facile ou une douceur artificielle, mais par sa vivacité, sa franchise et cette faculté rare à donner de la matière à la musique sans l’alourdir. Son architecture Circlotron semble lui permettre de réunir deux mondes que l’on oppose trop souvent : la richesse harmonique et l’incarnation des tubes, associées à la rapidité, à la tenue et au dynamisme d’une excellente électronique à transistors.
Avec Supertramp, il a réveillé un album de mon adolescence sans en faire une photographie jaunie. Avec Yelena Eckemoff, il a ouvert les portes d’un univers imaginaire où la fluidité comptait davantage que l’analyse. Avec Mahler enfin, il a fait entrer le New York Philharmonic dans vingt mètres carrés, au prix de quelques protestations parfaitement compréhensibles de la part des murs.
Le Solen Audio CV40 propose une écoute vraie. Peut-être même légèrement plus vraie que nature, comme si une lumière discrète venait souligner les couleurs sans jamais les dénaturer. Les timbres possèdent de la chair, la scène sonore respire, les attaques sont franches et la dynamique ne donne jamais le sentiment d’avoir été domestiquée par les tubes. Il se passe toujours quelque chose : un accent, une respiration, une tension, une émotion qui retient l’attention et donne envie de poursuivre l’écoute.
Mais ses quarante watts ne sont pas magiques. Associé à des enceintes trop exigeantes, dans une pièce trop vaste ou à des niveaux déraisonnables, le Solen Audio CV40 peut atteindre ses limites. Il faut donc lui choisir des partenaires adaptés, suffisamment sensibles et présentant une charge électrique raisonnable. Les enceintes Solen Audio constituent naturellement une association de premier ordre, mais elles ne sont pas les seules : les modèles large bande d’EQaudio et les Intrada Claude ont également montré combien cet amplificateur pouvait se révéler généreux lorsqu’il était convenablement entouré.
Le Solen Audio CV40 ne s’adresse donc pas à celui qui choisit un amplificateur en comparant uniquement les puissances inscrites sur les fiches techniques. Il s’adresse au mélomane qui accepte de construire un système cohérent, de choisir ses enceintes avec discernement et qui recherche moins une démonstration de force qu’une présence musicale durable.
Sa fabrication française, sa conception originale, sa réalisation sérieuse et son usage finalement assez simple achèvent de rendre l’objet désirable. Mais aucune de ces qualités ne suffirait si, une fois les tubes allumés, la musique ne prenait pas vie.
Or elle prend vie.
Le Solen Audio CV40 n’est pas un amplificateur à tubes destiné aux amoureux inconditionnels du tube. Il pourrait bien être, au contraire, l’amplificateur à tubes capable de réconcilier avec cette technologie ceux qui, comme moi, avaient fini par se méfier de ses séductions trop voyantes.
Il possède ses limites, son caractère et ses exigences. Mais il possède surtout cette qualité que les mesures décrivent mal et que les catalogues galvaudent volontiers : il est profondément musical.
Plus encore, il est attachant.
Et lorsque, après plusieurs albums, l’envie n’est toujours pas d’éteindre l’amplificateur mais de chercher ce que l’on va écouter ensuite, le test est probablement terminé.
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Les Notes :
Fabrication : 14/20
Image : 16/20
Timbres : 17/20
Dynamique : 17/20
Transparence : 15/20
Naturel : 15/20 Qualité/Prix : 18/20
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Les propos et les avis énoncés dans ce test n'engagent que l'auteur de ce test et en rien la société Opus 51. Les avis donnés ne concernent que le produit testé.



