
Le INNUOS STREAM1 est un appareil pensé pour devenir le “cœur numérique” d’un système Hi-Fi : il peut faire lecteur réseau (streamer), serveur musical (stockage + bibliothèque), ou les deux. L’idée centrale, c’est la modularité : on le configure à l’achat (ou plus tard) avec une carte de sortie (DAC, SPDIF, etc.) et éventuellement du stockage interne.
Son format reste compact (240 × 200 × 80 mm, 2,4 kg).
INNUOS STREAM1 : la philosophie
Le STREAM1, c’est l’idée que le numérique peut être :
→ simple à utiliser (application, bibliothèque, streaming),
→ sérieux côté audio (bruit, horloges, alimentations),
→ évolutif (cartes de sortie, options, alimentation séparée).
En clair : on n’achète pas un appareil “figé”. On choisit un socle qu’on peut faire grandir.
À quoi sert-il dans un système ?
Selon la configuration, le STREAM1 peut être :
→ Streamer pur (vers un DAC externe),
→ Serveur musical (avec stockage interne + gestion de bibliothèque),
→ Streamer + DAC interne (avec carte DAC).
Et c’est précisément là que l’approche Innuos est intelligente : vous décidez si vous voulez une machine “transport numérique”, ou un vrai lecteur complet.

Design, construction, connectique : sobre, mais pas au rabais
Sans rentrer dans le folklore marketing, Innuos met l’accent sur :
→ une plateforme matérielle récente (Intel quad-core 13e gen et 8 Go de mémoire), pour une interface réactive et une gestion fluide de la bibliothèque.
→ une approche “audio d’abord” : alimentation, régulations, réduction du bruit, et séparation des étages (surtout quand on passe sur des modules de sortie plus ambitieux).
Sur le forum Innuos, ils insistent notamment sur le gain apporté côté qualité d’alimentation/régulation pour l’étage de sortie.
On est sur un format compact, discret, pensé pour s’intégrer dans un meuble hi-fi sans jouer les vedettes.
Points clés à retenir :
→ réseau Ethernet (la stabilité avant la magie Wi-Fi),
→ ports USB pour stockage/backup/DAC USB,
→ architecture prévue pour réduire le bruit et isoler les sections sensibles,
→ possibilité d’ajouter du stockage interne (barrette NVMe) pour en faire un serveur.
Formats et résolution
Compatibilité large :
→ fichiers : WAV, AIFF, FLAC, ALAC, AAC, MP3, DSF, DFF, MQA.
→ hautes résolutions : PCM jusqu’à 32/768, DSD jusqu’à DSD512 (selon sortie/module).
À noter : les limites varient selon la carte de sortie (et typiquement le SPDIF plafonne plus bas que l’USB / DAC interne).
Voir la video de unboxing du Stream 1: https://youtu.be/XNmT4D30W0g?si=NhTXJU0dS8o89dZw

LPS1 : l’alimentation linéaire optionnelle (et pourquoi ça s’entend)
Innuos présente la LPS1 comme une upgrade “significative” et insiste sur son architecture (toroïdal 150 VA, composants, double sortie).
La LPS1 est une alimentation linéaire conçue pour “matcher” le STREAM1 et réduire le bruit d’alimentation, avec :
→ transformateur toroïdal 150 VA
→ condensateurs (Mundorf cités par Innuos)
→ double sortie : une sortie pour le STREAM1 + une seconde sortie 5 V (pour alimenter un accessoire compatible)
→ Caractéristiques mentionnées : 19 V + 5 V (1,5 A) et format identique (80 × 240 × 200 mm)
Le STREAM1 fonctionne très bien avec son alimentation d’origine.
Mais avec la LPS1, on bascule sur une alimentation linéaire pensée pour :
→ abaisser le bruit,
→ stabiliser l’alimentation,
→ donner plus d’aisance à l’étage de sortie (et au DAC interne).
Les gains typiques à l’écoute
→ un silence de fond plus évident (noir plus profond),
→ des fins de notes plus longues, plus propres,
→ plus de matière dans le médium,
→ une scène qui gagne en profondeur et en calme.
Si vous désirez une image : sans LPS1, c’est déjà net.
Avec LPS1, c’est net et il y a moins de “bruit électrique” autour des instruments.
Voir la video de unboxing de la LPS1 : https://www.youtube.com/watch?v=wSpH3OfnkKQ

La carte DAC Performance : le vrai “upgrade musical”
C’est la version “je viens pour la musique, pas pour le compromis” :
→ puce AKM (Innuos parle de “latest AKM DAC chip”),
→ horloges TCXO,
→ prise en charge jusqu’à PCM 32/768 et DSD512 natif,
→ alimentations indépendantes pour étages numérique/analogique,
→ RCA plaqués or.
En clair : ce module n’est pas juste “un DAC ajouté”, c’est une vraie section de conversion pensée comme un étage audio à part entière.
La carte DAC Performance, c’est le moment où le STREAM1 arrête d’être “juste un streamer propre” et devient un lecteur réseau complet.
Ce que ça change concrètement
→ une conversion plus aboutie (timbres plus naturels, moins “verre poli”),
→ une scène plus stable,
→ un grave plus lisible (pas forcément “plus”, mais mieux tenu),
→ une écoute plus homogène, moins dépendante du DAC externe du moment.
En pratique : c’est une option idéale pour ceux qui veulent réduire le nombre de boîtes sans sacrifier la qualité.
Et, en résumé : ça fait de la musique sans vous expliquer la musique (ce qui, à mon sens, est l’objectif "moral" de tout appareil numérique).
Voir la video de mise en place de la barrette NVMe : https://youtu.be/7ziey4qbyDk
Boutique Web :
→ Stream 1 : https://www.opus51.net/dac-lecteurs-reseaux/innuos-stream-1.html
→ LPS1 : https://www.opus51.net/optimisation/innuos-lps1.html

Écoutes : STREAM1 + DAC Performance (avec et sans LPS1)
Les écoutes ont été réalisées avec l’Innuos STREAM1 équipé de la carte DAC Performance, en comparant l’alimentation d’origine et l’alimentation linéaire Innuos LPS1 (selon les sessions).
L’Innuos a été relié en analogique RCA à l’amplificateur intégré Luxman L-505Z, alimentant une paire d’enceintes Intrada Nadia. Le câblage utilisé est signé BlackRhodium.
Point essentiel : l’ensemble des morceaux utilisés pour les tests était stocké localement sur la barrette NVMe installée à l’intérieur du STREAM1 (lecture “locale”/serveur), afin de garantir des conditions identiques d’une session à l’autre, sans dépendre du réseau ni de la stabilité d’un service de streaming.
Les écoutes ont été menées sur plusieurs plages musicales connues, en cherchant à maintenir un niveau sonore comparable entre les configurations, et en se concentrant sur :
→ la stabilité de l’image stéréo et la profondeur de scène,
→ la matière des timbres (voix, cordes, piano),
→ la tenue du grave,
→ la micro-dynamique et les fins de notes,
→ le silence de fond (notamment avec la LPS1).
Objectif : juger le STREAM1 comme lecteur réseau complet (streamer + DAC interne), et mesurer l’apport réel de la LPS1 sur un système déjà très révélateur.
Eric Bibb : Ridin'
Paru le 24/03/2023 chez Dixiefrog
Genre : Blues
Dès les premières minutes, ce qui frappe, c’est la cohérence : la voix d’Eric Bibb se place au centre avec une stabilité naturelle, sans épaississement artificiel ni éclairage façon néon. Le timbre est dense, humain, et les inflexions de fin de phrase — celles qui font tout le charme du blues — restent lisibles même à niveau modéré.
La guitare, elle, évite deux pièges classiques du numérique ; le “trop propre” (corde lisse, bois absent), et le “trop brillant” (attaque qui claque mais harmonique qui durcit).
Ici, on a un bon équilibre : attaque franche, développement harmonique, et surtout une queue de note qui retombe proprement, signe d’un bruit de fond bien contenu et d’une conversion qui ne “granule” pas les extinctions.
Le couple Luxman L-505Z / Intrada Nadia aide évidemment à garder une forme d’élégance, mais le STREAM1 (avec la carte DAC Performance) montre déjà une capacité à donner une écoute posée, incarnée, avec une scène qui se construit en profondeur plutôt qu’en largeur artificielle.
Un blues bien enregistré, c’est un détecteur de sincérité : soit ça respire, soit ça sonne.
Tchaikovsky: The Seasons
Artiste principal, piano : Yunchan Lim
Paru le 22/08/2025 chez Decca Music Group Ltd.
Genre : Classique
Distinctions : Diapason d'or
Changement total d’univers avec Tchaïkovski, et surtout avec The Seasons : une œuvre idéale pour juger un système sur ce qu’il fait de plus difficile… le piano.
Pourquoi ? Parce que le piano est un instrument “sans pitié” ; s’il y a du grain numérique, ça devient vite verre pilé, si l’équilibre tonal est bancal, on se retrouve avec un piano trop métallique ou trop feutré, et si la gestion des fins de notes n’est pas propre, la réverbération devient une bouillie très triste.
Écouté, là encore, en lecture locale depuis la barrette NVMe du STREAM1, ce disque permet de juger la chaîne sans variable parasite.
The Seasons de Tchaïkovski, ce sont douze miniatures pour piano — une par mois — écrites comme un carnet intime : pas un grand concerto qui fait du bruit pour exister, mais une suite de scènes, de climats, de lumières. On passe d’une mélancolie feutrée à des élans plus dansants, avec cette patte typiquement tchaïkovskienne : une beauté immédiatement chantante… et, juste derrière, une petite ombre qui insiste.
Dans la lecture de Yunchan Lim (Decca), l’intérêt est justement là : faire tenir ces pièces sans les rendre “jolies” au sens décoratif. Le piano devient narrateur, avec une attention à la respiration, aux nuances et à la poésie des transitions. Un disque parfait pour qui aime les œuvres qui parlent bas, mais qui restent longtemps.
Ce qui ressort d’abord, c’est la tenue du registre médium-aigu : le piano de Yunchan Lim conserve une attaque franche, mais sans dureté. Les transitoires sont nettes, et surtout, on entend le développement harmonique derrière l’impact initial — ce petit “halo vivant” qui fait qu’on n’écoute pas une suite de notes, mais un instrument dans un espace.
La carte DAC Performance montre ici un vrai talent : elle évite le piège du piano “spectaculaire” (brillant, démonstratif) pour privilégier un rendu plus organique. Les extinctions sont propres, et le silence entre les phrases n’a pas ce petit frémissement artificiel qui trahit une conversion nerveuse.
Sur le couple Luxman L-505Z / Intrada Nadia, la scène se structure avec une belle stabilité : on n’a pas l’impression que le piano change de taille ou d’emplacement selon la dynamique. Et ça, sur un solo de piano, c’est un signe très sûr : quand la musique se met à respirer, c’est que la reproduction n’est pas en train de se battre contre elle-même.
Entre Amigos
Artistes principaux : Ron Carter Rosa Passos
Paru le 01/07/2003 chez Chesky Records
Genre : Latin jazz
Duo (et amis invités), prise de son aérée, dynamique naturelle, et surtout ce mélange rare : la voix feutrée de Rosa Passos + la contrebasse souveraine de Ron Carter. C’est un disque qui teste immédiatement :
→ la matière du médium (voix, guitare),
→ la lisibilité du grave (cordes de contrebasse, attaque + sustain),
→ la stabilité rythmique (ça doit swinguer sans crispation),
→ la capacité à rendre l’espace (Chesky adore te mettre “dans la pièce”, pas dans une cathédrale numérique).
Entre Amigos est un album à l’élégance tranquille : pas de démonstration, pas de pyrotechnie, juste une conversation musicale à voix basse, où chaque silence compte autant que la note suivante. Chez Chesky, la prise de son privilégie souvent la présence et la spatialisation réaliste ; ici, c’est parfait pour se croire assis à deux mètres des musiciens, un café à la main… et l’impression très nette que la hi-fi est enfin en train de servir à quelque chose.
Ici, très vite, le matériel s’efface pour laisser toute la place aux musiciens — et à l’émotion. La voix n’est jamais sifflante : elle devient sensuelle, soyeuse, presque charnelle, avec ce naturel qui fait oublier qu’on est en train d’évaluer quoi que ce soit. La contrebasse de Ron Carter, elle, sent le bois dont elle est faite : pas de grave boursouflé ni d’esbroufe, juste une assise ferme, articulée, vivante, comme si chaque note avait encore la mémoire de l’arbre.
Les guitares et les percussions arrivent franches, rapides, et s’inscrivent dans une acoustique de studio crédible, lisible, respirante — on ne “devine” pas la salle, on la sent : l’air qui circule, les petites résonances, le silence qui a du poids. Et c’est là que l’album fait son numéro, tout en élégance : ses 51 minutes défilent à la fois très vite, parce qu’on se laisse prendre… et s’étirent aussi langoureusement, comme ces fins d’après-midi qui refusent de se terminer quand tout est enfin à sa place.
Je suis là, immobile dans mon fauteuil, à siroter un café tiède ramené d’un récent voyage en Asie — et pourtant, l’esprit décroche, doucement. Un souffle de Brésil traverse la pièce, fait reculer la grisaille champenoise, et soudain je ne suis plus tout à fait ici. Tel un oiseau, je me laisse porter : je vole librement vers de lointaines contrées, guidé par une voix, une contrebasse, et cette sensation rare que la musique, pour une fois, n’a besoin de rien d’autre que d’exister.

CONCLUSIONS :
STREAM1 seul : sérieux, mais pas renversant
Pris seul, l’Innuos STREAM1 est un bon streamer : stable, propre, facile à vivre, il remplit sa mission avec une certaine classe. Mais en toute franchise, à ce niveau de prix, il ne fait pas systématiquement mieux que certains concurrents chinois très affûtés — un Eversolo T8 par exemple — souvent proposés à un tarif nettement plus compétitif. Le STREAM1 convainc, oui… mais il ne “change” pas encore la donne.
STREAM1 + LPS1 : bascule en Hi-Fi haut de gamme
En lui associant l’alimentation LPS1, on change de monde. Le STREAM1 cesse d’être “juste” un lecteur réseau efficace : il devient un maillon Hi-Fi haut de gamme à part entière, particulièrement si l’on exploite le stockage interne NVMe (en option) pour une lecture locale, constante et libérée des aléas réseau.
Le silence descend d’un cran, la fluidité s’installe, la micro-dynamique s’épanouit, le suivi rythmique devient plus évident : tout paraît plus juste, plus organique, plus vrai. On écoute moins un appareil… et davantage une intention musicale.
STREAM1 + LPS1 + carte DAC Performance : le “tout-en-un” réellement haut de gamme
Et puis il y a le troisième point — celui qui fait que l’ensemble prend une dimension franchement rare : l’ajout de la carte DAC Performance. Là, on obtient un convertisseur-streamer réellement haut de gamme. L’écoute gagne une neutralité peu commune : jamais froide, jamais clinique, mais d’une justesse qui met en lumière les plus petites inflexions d’un phrasé, la respiration d’une voix, le poids d’un silence. La musique s’écoule avec un naturel évident, sans crispation, sans agressivité : rien ne vient heurter l’auditeur, qui, sans effort, finit par croire à ce qu’il entend.
Je le dis d’autant plus volontiers que je ne l’aurais pas imaginé il y a encore quelques années : prendre autant de plaisir à l'écoute de fichiers musicaux stockés sur un simple disque… et pourtant, nous y voilà. À ce niveau, le streaming devient presque “inévitable”, non par commodité, mais par évidence musicale.
Et si l’on cherche l’équivalent côté CD, il faut être honnête : pour obtenir une qualité comparable avec une platine, l’investissement devra souvent grimper à deux ou trois fois le coût de cet ensemble — et même ainsi, le naturel obtenu ici, cette absence de tension et cette continuité organique, n’est pas toujours facile à atteindre.
Avec ce trio Innuos STREAM1 + LPS1 + DAC Performance, on n’est plus dans le “numérique qui marche bien”. On est dans le numérique qui, enfin, fait oublier qu’il est numérique.
Le plus beau compliment ? On oublie la technique… et on relance un album. Et je vais même me refaire un bon café — ce qui, à mon âge et vu l’heure tardive, n’est objectivement pas l’idée la plus recommandable… mais c’est ça, aussi, quand la musique vous tient éveillé.

