Chronique d’un pouvoir d’achat en sourdine
Il y a des chiffres qui claquent comme des souvenirs. 20 000 francs. 1989. Le monde était encore analogique, l’espoir en stéréo, et la musique — surtout la musique — se méritait. Cette année-là, j’ai reçu mes premiers bulletins de paie. Et dans la foulée, j’ai signé mon premier achat de mélomane, avec cette solennité qu’on réserve aux décisions qui comptent. Le choix d’un système Hi-Fi. Non pas une chaîne. Un système, monsieur. Avec ses composants, ses humeurs, ses câbles qui faisaient semblant de ne pas s’emmêler.
Conversion brute, douce claque
20 000 francs = 3 050 €
Inflation cumulée 1989 → 2025 : +120 %
Valeur actuelle ≈ 6 700 à 7 000 €
Dit autrement : ce qui relevait hier du petit luxe d’initié correspond aujourd’hui à un budget sérieux, mais banal. Une somme respectable, certes, mais qui ne fait plus tourner les têtes ni frissonner les potentiomètres.
Écho d’un système d’avant
J’avais craqué en 1989, pour les anciens rémois ils doivent se souvenir du lieu du crime, la Clé de Sol pour une paire de Mulidine bibliothèques, perchées sur leurs pieds comme deux oiseaux de nuit, une platine vinyle Dual qui grinçait avec noblesse, un lecteur CD Sony tout en angles discrets, un tuner Harman Kardon à l’œil vert rassurant… et bien sûr, un magnétophone à cassette Sony Dolby S, cette lettre ultime du progrès, censée transformer mes K7 en bandes de studio. Et pour couronner le tout : un amplificateur intégré Luxman, avec ce tube en façade qui captait immanquablement les regards…
C’était imparfait. C’était merveilleux.
J’écoutais Kind of Blue avec l’impression d’être un peu plus vivant que la veille. Mais aujourd’hui, pourrais-je encore passer quelques heures à écouter une symphonie de G. Mahler sur ce système Haute-Fidélité ?
En 2025, que vaut ce même élan ?
Avec 7 000 € aujourd’hui, on peut toujours vibrer — et mieux encore. Car soyons honnêtes : le progrès existe, au moins en Hi-Fi.
- Les Dynaudio Focus 30 vous accueillent comme un fauteuil Eames : enveloppant, direct, sans fioritures inutiles.
- Le Roksan caspian 4G fait rougir bien des amplis deux fois plus chers, avec sa simplicité radicale et son timbre tendu comme une corde de violoncelle, avec une paire d’enceintes bibliothèques au tempérament bien affirmé
- Et un bon DAC à 1 200 €, bien nourri de fichiers Hi-Res, offre une lisibilité et une justesse que nos platines vinyles de 1989 n’auraient même pas osé rêver, surtout quand le disque était pressé avec les pieds, ce qui arrivait souvent.
Adieu romantisme flou, bonjour réalisme ému
Il faut l’admettre : la qualité d’écoute a fait un bond de géant. La dynamique, le silence entre les notes, la précision du médium… tout est là, plus vrai, plus nu, plus immédiat. La musique n’est plus seulement belle, elle est présente, comme si l’interprète reprenait son souffle dans la pièce.
On a perdu un peu de mystère, peut-être. Mais on a gagné en vérité. Et ça compte.
Une morale, vraiment ?
1989 avait ses rites, ses craquements, ses lenteurs. Il fallait du temps, de la patience, un chiffon antistatique et un peu de foi.
2025 a ses protocoles, ses apps, ses firmwares… mais aussi une transparence musicale qui, parfois, frôle le sublime.
Alors oui, 20 000 francs de 1989 valent 6 800 € aujourd’hui. Mais l’essentiel est ailleurs. L’essentiel, c’est cette même envie, intacte, d’écouter mieux. De se poser, d’éteindre le monde, et de laisser la musique remplir l’espace et l’instant.
Ici, dans mon antre de câbles et de silence bien accordé, le café est toujours offert. Et si vous tendez l’oreille, vous entendrez peut-être, dans un coin de l’auditorium, le fantôme d’une platine Dual qui vous remercie de ne pas l’avoir oubliée