
Du côté du streaming, le bénéfice le plus immédiatement perceptible réside dans la disponibilité quasi illimitée du répertoire. Le catalogue, par son ampleur et sa mise à jour continue, transforme l’écoute en une expérience d’exploration : l’auditeur peut passer d’une version à une autre, confronter des interprétations, découvrir des enregistrements rares, ou suivre l’actualité discographique sans préparation préalable. Cette facilité d’accès encourage une pratique plus mobile et plus spontanée de la musique : l’écoute devient un geste quotidien, piloté par l’application, articulé autour des playlists, des favoris, des recommandations éditoriales et, plus largement, d’une logique de circulation fluide à l’intérieur d’une discothèque virtuelle. À ce titre, le streaming offre une forme de liberté : celle d’une musique immédiatement disponible, réorganisable, partageable, et constamment renouvelée.

Cependant, cette puissance d’accès s’accompagne d’une contrepartie structurelle : le streaming repose sur un écosystème externe — réseau, serveurs, politique de catalogue — dont l’utilisateur ne maîtrise ni la stabilité ni les évolutions. Même lorsque la connexion est excellente, une part d’aléatoire subsiste : indisponibilité temporaire, latence, micro-interruptions, mais aussi, plus discrètement, variations de versions. Il n’est pas rare qu’un même album se présente, selon les périodes et les droits, sous un master différent, une édition remaniée, voire un contenu modifié ; à cela s’ajoute parfois une normalisation du volume qui uniformise les niveaux au détriment de certaines dynamiques. Ces variations sont d’autant plus problématiques qu’elles sont souvent invisibles : elles ne relèvent pas d’un choix explicite de l’auditeur, mais d’une configuration de service. Enfin, l’abondance même du streaming peut induire un effet paradoxal : l’accès immédiat à tout favorise une écoute fragmentaire, plus prompte au zapping et à la consommation rapide — non par manque d’intérêt, mais par excès de disponibilité.
Il convient, en outre, d’ajouter une nuance issue de l’expérience d’écoute, particulièrement sensible sur des systèmes haute fidélité très transparents. Dans certaines configurations, le streaming n’apparaît pas toujours strictement équivalent à la lecture locale, y compris lorsque l’on compare un même album, une même résolution et un même logiciel de lecture. L’écart perçu — souvent décrit comme une moindre stabilité de l’image stéréophonique, un “noir” moins net entre les notes, ou une fluidité légèrement en retrait — ne renvoie pas à une altération du contenu numérique proprement dit, mais plutôt à l’environnement technique qui accompagne la lecture en ligne : activité réseau continue, échanges sécurisés, gestion de buffers, et, plus largement, interactions possibles avec l’écosystème domestique (box Internet, alimentations à découpage, éléments Ethernet). Dans une chaîne très résolvante, ce contexte peut introduire un bruit électrique périphérique (notamment haute fréquence) qui n’affecte pas les données musicales, mais les conditions de fonctionnement des électroniques et, partant, la qualité perçue. On comprend dès lors que l’enjeu ne se réduit pas au “format” ou au “service”, mais qu’il tient aussi à la qualité de l’architecture réseau et de l’environnement électrique dans lesquels s’inscrit l’écoute.

À l’inverse, l’écoute de fichiers locaux sur NVMe se caractérise par une forme de constance qui relève presque d’une éthique de la collection. Ici, l’auditeur n’est dépendant ni d’un service ni d’un catalogue : l’album choisi demeure identique à lui-même dans le temps, et son rendu n’est pas soumis aux aléas d’une disponibilité extérieure. Cette stabilité s’accompagne d’une maîtrise documentaire : l’utilisateur peut identifier la provenance du fichier, le format, la version, le master, et conserver une cohérence qualitative au sein de sa bibliothèque. De ce point de vue, le local favorise une écoute plus posée : parce que l’on choisit ce que l’on possède, l’on tend à s’engager davantage dans l’œuvre, à l’aborder comme un ensemble, et non comme une succession indéfinie de pistes. L’expérience peut y gagner en continuité, en concentration, et en permanence, autant d’éléments précieux dès lors que l’on recherche une écoute exigeante.
Toutefois, cette cohérence a un coût pratique. La bibliothèque locale suppose un travail de préparation : importer, classer, taguer, organiser, sauvegarder. Pour certains, cette activité prolonge le plaisir de l’écoute et participe d’une relation savante au répertoire ; pour d’autres, elle constitue une contrainte réelle, chronophage et peu gratifiante. Par ailleurs, le local est, par définition, une bibliothèque finie : elle exprime un choix et une identité, mais elle ne peut rivaliser avec l’immensité d’un catalogue en ligne, sauf à consacrer un temps considérable à l’enrichissement et à la maintenance de la collection.

On peut ainsi proposer une synthèse simple : le streaming privilégie la liberté d’accès et la découverte, tandis que le local privilégie la maîtrise et la constance. L’intérêt d’une solution telle que le STREAM1 tient précisément à sa capacité à articuler ces deux logiques dans une même chaîne d’écoute : l’auditeur peut passer de l’exploration illimitée à la stabilité d’une collection personnelle sans changer d’appareil ni de méthode, mais seulement en ajustant son intention d’écoute — exploration, comparaison, ou immersion.

