Sur la petite table qui accompagne chacune de mes séances d'écoute trône une tasse de café péruvien absolument exceptionnelle. Un nectar aux arômes complexes, délicatement fruité, capable à lui seul de réconcilier un audiophile avec l'humanité entière. Le problème, c'est qu'il refroidit invariablement. Non pas parce qu'il serait mauvais — bien au contraire — mais parce que les heures passent sans que l'on s'en aperçoive.
Face à moi, les nouvelles BLAM Tenor Tower.
Autour d'elles se succèdent plusieurs amplificateurs aux personnalités bien affirmées : Marantz Model 60n, Rega Brio, Vincent SV-500MK, Eversolo AMP-F10 et Roksan Attessa. Les sources numériques Eversolo T8 et Z10 assurent l'approvisionnement musical, tandis que les câbles Albedo Silver Flat One se chargent de transmettre les informations avec leur discrétion habituelle.
Puis les albums défilent.
Du jazz intimiste au rock progressif, des grandes formations symphoniques aux voix les plus fragiles, des prises de son modernes aux enregistrements plus anciens.
Les heures deviennent des journées.
Les journées deviennent presque une semaine.
Et le café refroidit.
Encore.
Ce n'est généralement pas un mauvais signe.

BLAM Audio : le "French Sound" selon Guy Bonneville
BLAM Audio est une entreprise française relativement jeune dans l'univers de la Haute Fidélité domestique, mais son fondateur est loin d'être un débutant.
La société voit officiellement le jour en 2013 à Saint-Étienne sous l'impulsion de Guy Bonneville, figure bien connue du monde de l'acoustique française. Son nom est notamment associé à plusieurs décennies de développement dans l'industrie du haut-parleur et de l'audio automobile haut de gamme. Avant de créer BLAM, Guy Bonneville a participé à de nombreux projets majeurs dans l'industrie française du son, notamment au sein de l'écosystème stéphanois qui a vu naître plusieurs grandes marques audio.
BLAM signifie d'ailleurs "Bonneville Laboratory And More".
Une appellation qui résume assez bien la philosophie de la marque : privilégier l'ingénierie, l'expérimentation et l'écoute plutôt que les effets marketing.
Le concept central développé par la marque repose sur ce que Guy Bonneville appelle le « French Sound ». Une approche qui privilégie la richesse des timbres, l'intelligibilité des voix, la fluidité des registres médiums et la capacité d'une enceinte à transmettre l'émotion musicale avant la démonstration technique.
Pendant de nombreuses années, BLAM s'est principalement illustrée dans l'audio automobile haut de gamme, domaine où la marque a acquis une réputation internationale grâce à ses haut-parleurs conçus et développés en France. Depuis quelques années, elle applique désormais cette expérience au secteur de la Hi-Fi domestique avec une gamme d'enceintes particulièrement cohérente.
Et c'est précisément dans cette famille que s'inscrivent les BLAM Tenor Tower.

Présentation des BLAM Tenor Tower
À la découverte des BLAM Tenor Tower, la première impression est plutôt rassurante.
BLAM n'a manifestement pas cherché à réinventer le design de l'enceinte acoustique.
Ici, point de formes extravagantes, de matériaux exotiques ou d'effets de style destinés à attirer le regard dans les salons internationaux.
La BLAM Tenor Tower adopte une silhouette élancée, moderne et particulièrement élégante. Ses proportions sont équilibrées et permettent une intégration relativement facile dans un intérieur contemporain.
Le travail sur les finitions mérite également d'être souligné. Les assemblages sont précis, les panneaux parfaitement ajustés et l'ensemble dégage une impression de sérieux qui n'est pas toujours acquise dans cette gamme tarifaire.
Après plus de trente années passées à manipuler des enceintes acoustiques de toutes origines, on finit par développer une sorte de sixième sens. Il suffit parfois de quelques secondes pour savoir si un constructeur a réellement investi dans son produit ou s'il a simplement cherché à atteindre un prix de vente.
Les BLAM Tower appartiennent clairement à la première catégorie.
La qualité perçue dépasse ce que l'on pourrait attendre de leur positionnement tarifaire.

Une conception pensée pour la musique
Derrière leur apparente simplicité se cache une conception particulièrement réfléchie.
BLAM a développé ces enceintes autour de plusieurs principes qui lui sont chers :
→ rendement relativement élevé ;
→ charge optimisée pour favoriser la dynamique ;
→ mise en avant du registre médium ;
→ facilité d'alimentation ;
→ cohérence globale plutôt que recherche d'effets spectaculaires.
Sur le papier, les BLAM Tenor Tower annoncent une bande passante étendue permettant de couvrir l'essentiel du spectre audible sans nécessiter impérativement l'assistance d'un caisson de grave.
Leur impédance reste raisonnable et leur sensibilité permet d'envisager des associations avec des électroniques très diverses, depuis un petit intégré audiophile jusqu'à des amplificateurs beaucoup plus ambitieux.
C'est d'ailleurs exactement ce que nous avons constaté durant nos essais puisque le Rega Brio, pourtant modeste en puissance, est parvenu à les faire chanter avec une aisance surprenante tandis que l'Eversolo AMP-F10 leur apportait davantage d'autorité et de contrôle dans le registre grave.
Mais nous reviendrons en détail sur ces associations dans la partie consacrée aux écoutes.
À ce stade du test, une chose apparaît déjà clairement : les BLAM Tenor Tower n'ont pas été conçues pour impressionner durant cinq minutes dans un auditorium. Elles semblent plutôt avoir été pensées pour accompagner durablement les longues soirées musicales de leurs propriétaires.
Et pour un vieux critique musical qui voit passer chaque année des dizaines d'enceintes plus démonstratives les unes que les autres, c'est déjà un excellent début.

Caractéristques techniques
→ Type de charge Bass reflex
→ Puissance max admissible : 250 W
→ Puissance recommandée en sortie d’ampli 50 – 100 W
→ Réponse en fréquence (+/- 3 dB) : 37 Hz – 25 kHz
→ Sensibilité : 93 dB/W/m
→ Impédance nominale : 4 Ohms
→ Haut-parleurs : 1 x 30 mm (1″) tweeter dôme souple + 2 x 165 mm (6,5″) midwoofers
→ Entrées Bornier poussoir
→ Dimensions (avec porte-tissu) : 922 x 200 x 200 mm
→ Poids unitaire : 13 kg
Tarif au 01-06-2026 : 1.500 € ttc pour 2 unités
Lien vers notre Boutique Web : https://www.opus51.net/opus-51-enceintes/blam-audio-tenor-tower.html

Mes écoutes
Les écoutes des BLAM Tenor Tower se sont déroulées dans notre Salon Jaune, une pièce d’environ 20 m², mais dont le plafond culmine à près de 4 mètres. Cette donnée n’est pas anodine. Elle change beaucoup de choses.
Une pièce de 20 m² avec un plafond standard peut parfois vite devenir nerveuse, comprimée, voire un peu autoritaire dans le grave. Ici, le volume supplémentaire apporte une respiration bienvenue. L’image sonore peut se développer sans se cogner immédiatement aux murs, les enceintes disposent d’un peu d’air autour d’elles, et l’on évite cette sensation de pression acoustique artificielle qui flatte parfois l’oreille durant dix minutes avant de lasser au bout d’un album.
Les BLAM Tenor Tower ont été installées avec un écartement raisonnable, légèrement pincées vers la zone d’écoute, posées sur leurs supports découplants. La pièce, vivante mais maîtrisée, n’est ni une chambre sourde ni un salon d’exposition aseptisé. Elle ressemble plutôt à ce que beaucoup d’audiophiles connaissent : un vrai lieu de vie, avec ses meubles, ses objets, ses tableaux, ses petits personnages décoratifs et ses câbles qui, malgré les meilleures intentions du monde, finissent toujours par mener leur propre existence derrière le meuble. La Hi-Fi est un art noble, certes, mais elle reste parfois traversée par une poésie du spaghetti.
La source numérique retenue pour ces essais était constituée du couple Eversolo T8 + Eversolo Z10, une association que nous connaissons désormais très bien. Le transport Eversolo T8 était relié au réseau local, le convertisseur Eversolo Z10 assurant la conversion numérique/analogique. Les câbles de modulation et les câbles enceintes étaient des Albedo Silver série Flat One, qui présentent l’intérêt de ne pas ajouter de rondeur factice ni de brillance artificielle. Ils laissent passer l’information avec une forme de droiture qui convient parfaitement à un test d’enceintes.
Car lorsqu’on cherche à comprendre une enceinte, il vaut mieux éviter de lui glisser des béquilles sous les bras dès les premières mesures.
Pour me faire une idée la plus juste possible des BLAM Tenor Tower, je ne les ai pas associées à un seul amplificateur, aussi séduisant soit-il. J’ai volontairement fait tourner plusieurs électroniques, de tempéraments et de niveaux de puissance différents : Marantz Model 60n, Rega Brio, Vincent Audio SV-500MK, Eversolo AMP-F10 et Roksan Attessa.
Cette méthode prend du temps, mais elle permet d’éviter les conclusions trop rapides. Après plus de trente années à promener ma pile de CD, mes fichiers, mes disques repères et mes certitudes régulièrement ébréchées dans différents auditoriums, salons, hôtels, salles de démonstration et pièces improbables, j’ai appris une chose simple : une enceinte ne se juge jamais sur une seule association.
→ Un amplificateur trop doux peut faire croire qu’une enceinte manque de vie.
→ Un amplificateur trop brillant peut la rendre responsable d’une agressivité qui ne lui appartient pas.
→ Un amplificateur trop court dans le grave peut laisser penser que la colonne descend moins bas qu’elle ne le peut réellement.
→ Et un amplificateur trop démonstratif peut transformer une écoute en concours de bodybuilding sonore, ce qui amuse cinq minutes, mais rarement davantage.
Les BLAM Tenor Tower ont donc été écoutées longuement, parfois à volume domestique raisonnable, parfois à niveau plus soutenu, avec des musiques très différentes : voix, jazz, rock, classique, grandes masses orchestrales, enregistrements intimistes et productions plus modernes. Il fallait vérifier leur comportement dans la durée, leur capacité à rester lisibles, leur manière de gérer les timbres, le grave, l’image sonore, mais aussi cette chose plus difficile à mesurer : l’envie de continuer à écouter.
Dans ce Salon Jaune, lumineux, haut de plafond, traversé par la présence familière du matériel, des pochettes de disques et de quelques objets qui semblent assister eux aussi aux séances d’écoute, les BLAM Tenor Tower n’ont pas été traitées comme de simples nouveautés à photographier avant de passer à autre chose.
Elles ont travaillé.
Et moi aussi.
Enfin… autant que peut travailler un vieux journaliste Hi-Fi assis face à deux enceintes, une tasse de café pas très loin, en prétendant que l’écoute de musique pendant plusieurs heures relève encore de l’effort professionnel.
Mais après tout, il faut bien que quelqu’un s’y colle.

Wagner — "Orchestral Works" par Hans Knappertsbusch
Pour commencer sérieusement, j’ai écouté "Wagner: Orchestral Works", dirigé par "Hans Knappertsbusch", dans la version remastérisée 2022 publiée par Alexandre Bak chez Classical Music Reference Recording.
Knappertsbusch appartient à cette génération de chefs pour lesquels Wagner n’est pas simplement une partition, mais presque une architecture respirante. Sa direction avance avec ampleur, lenteur parfois, mais toujours avec une forme de nécessité intérieure. Rien n’est pressé, rien n’est décoratif. L’orchestre se déploie comme une masse vivante, avec ses ombres, ses cuivres, ses cordes profondes, sa grandeur presque minérale.
Les critiques consacrées à Knappertsbusch reviennent souvent sur la puissance organique de sa direction, sur cette manière très personnelle de construire la tension sans brutalité apparente. Ce n’est pas un Wagner analytique, découpé au scalpel, mais un Wagner massif, tellurique, profondément habité.
Avec les BLAM Tenor Tower, ce "disque" permet immédiatement de vérifier plusieurs points essentiels. Les enceintes doivent accepter la densité orchestrale sans devenir opaques. Elles doivent conserver la lisibilité des pupitres sans transformer l’orchestre en planche anatomique. Sur ce terrain, les BLAM Tenor Tower se montrent particulièrement intéressantes. Elles ne cherchent pas à affiner artificiellement la matière orchestrale. Elles respectent le poids de l’enregistrement, la profondeur des plans, l’assise générale, tout en conservant une cohérence remarquable.
Le registre grave est propre, bien tenu, suffisamment charpenté pour donner du socle à l’orchestre. En revanche, il faut être honnête : l’infragrave reste légèrement en retrait. Les toutes premières octaves ne possèdent pas l’autorité physique que peuvent offrir des enceintes beaucoup plus volumineuses ou beaucoup plus coûteuses. Sur Wagner, on aimerait parfois un peu plus de sol qui tremble, un peu plus de fondation souterraine.
Mais peut-on sérieusement le leur reprocher ?
À ce gabarit et à ce tarif, demander aux BLAM Tenor Tower de descendre dans l’infragrave avec l’aisance d’une grande colonne cinq fois plus chère reviendrait à demander à une bonne berline familiale de tenir tête à une limousine allemande sur autoroute, coffre plein et vent de face. Elle peut très bien faire le voyage, et même avec élégance, mais les lois de la physique restent les lois de la physique. Même dans un auditorium.
Ce choix d’un grave propre plutôt que spectaculaire me semble intelligent. Il vaut mieux un bas du spectre légèrement écourté mais rapide, lisible et bien intégré, qu’un grave gonflé artificiellement, flatteur durant dix minutes, puis envahissant au bout d’un album.
John Zorn — Mount Analogue
Avec "John Zorn" "Mount Analogue", changement complet de climat. Zorn, compositeur, saxophoniste, producteur et agitateur d’idées, a bâti une œuvre immense où se croisent jazz, musique contemporaine, traditions spirituelles, héritage juif, fulgurances bruitistes et moments d’une beauté presque suspendue. Chez lui, les frontières musicales n’existent que pour être traversées, parfois avec élégance, parfois avec un chalumeau.
"Mount Analogue", publié chez Tzadik en 2012, appartient à sa veine mystique et méditative. Inspiré par l’univers spirituel de René Daumal et par une forme de quête intérieure, l’album prend la forme d’un voyage sonore aux climats changeants. Les critiques évoquent souvent son caractère hypnotique, sa précision d’écriture, sa richesse de textures et cette capacité à passer d’une atmosphère lumineuse à une inquiétude plus souterraine.
Ce disque est précieux pour tester une enceinte, car il ne pardonne pas grand-chose. Les percussions, les clochettes, les résonances, les ruptures de dynamique et les timbres singuliers doivent rester lisibles sans devenir agressifs. Une enceinte trop démonstrative rendra l’écoute artificielle. Une enceinte trop sage fera disparaître la tension intérieure de l’œuvre.
Les BLAM Tenor Tower trouvent ici un équilibre très convaincant. Elles savent suivre les micro-événements, les petits éclats percussifs, les respirations entre les notes. L’image sonore se détache avec précision, mais sans sécheresse. Les instruments ne sont pas plaqués devant l’auditeur ; ils semblent plutôt surgir dans l’espace, avec une belle sensation de profondeur.
C’est ici que leur "exceptionnelle clarté du médium" devient évidente. Tout paraît intelligible, articulé, lisible, mais sans excès de lumière artificielle. Les BLAM Tenor Tower ne simplifient pas abusivement la musique de Zorn, elles ne la rendent pas aimable à tout prix, mais elles permettent d’en suivre le cheminement avec une vraie fluidité.
Et avec Zorn, c’est déjà beaucoup. Quand on croit avoir compris la carte, la montagne a généralement changé de place.
Loreena McKennitt — Live at the Royal Albert Hall
Avec Loreena McKennitt, nous abordons un univers plus immédiatement accessible, mais tout aussi révélateur. Chanteuse, harpiste, compositrice et grande voyageuse musicale, elle a construit une œuvre très personnelle, entre traditions celtiques, parfums orientaux, poésie ancienne et sens aigu de la scène.
Son "Live at the Royal Albert Hall", publié chez Quinlan Road, est un excellent disque de test. La voix, les instruments acoustiques, les percussions, l’ampleur du lieu, la présence du public : tout permet de juger la capacité d’une enceinte à restituer non seulement les sons, mais aussi l’espace dans lequel ils prennent vie. Les critiques soulignent généralement la qualité de l’exécution, la tenue vocale de Loreena McKennitt et cette atmosphère intemporelle qui caractérise ses concerts.
Avec les BLAM Tenor Tower, la voix apparaît bien centrée, stable, lisible, avec une présence évidente mais jamais projetée de manière excessive. Les paroles sont compréhensibles, les inflexions bien suivies, les respirations perceptibles. Il y a là une qualité importante : les voix ne sont pas seulement jolies, elles sont "humainement compréhensibles".
Ce n’est pas un détail.
Beaucoup d’enceintes savent mettre une voix en avant. Plus rares sont celles qui lui donnent une chair, une articulation, une évidence naturelle. Les BLAM Tenor Tower possèdent cette qualité. Elles ne transforment pas Loreena McKennitt en apparition éthérée flottant dans une brume audiophile hors de prix. Elles la replacent dans un espace crédible, avec une belle présence, une texture vocale respectée et une lisibilité constante.
Les instruments acoustiques bénéficient eux aussi d’une belle aération. Les cordes pincées ressortent avec naturel, les percussions gardent leur articulation, et l’ambiance du concert reste perceptible sans que les enceintes cherchent à agrandir artificiellement le Royal Albert Hall pour flatter l’ego de l’auditeur.
Cette écoute confirme l’une des qualités majeures des BLAM Tenor Tower : leur médium est remarquablement clair, vivant, direct, mais jamais froid lorsqu’elles sont correctement associées.
Tan Dun — Bitter Love from *Peony Pavilion
Dernier disque de cette sélection attentive : Bitter Love, extrait de Peony Pavilion de Tan Dun, publié chez Sony Classical.
Tan Dun est l’un des compositeurs les plus fascinants de sa génération. Né en Chine, formé à la croisée des traditions orientales et occidentales, il a toujours cherché à faire dialoguer les cultures, les instruments, les rituels et les formes musicales. Sa musique possède une dimension théâtrale, parfois sensuelle, parfois fragile, toujours très évocatrice.
"Bitter Love" est un test redoutable pour le médium et le haut du spectre. La voix doit conserver sa finesse, ses inflexions, ses ornements, sans devenir stridente ou désincarnée. L’accompagnement doit rester présent, mais ne jamais écraser la ligne vocale. Les critiques mettent souvent en avant la beauté expressive de cette écriture, sa délicatesse et cette tension entre tradition chinoise et langage contemporain.
Les BLAM Tenor Tower se montrent ici particulièrement convaincantes. La voix apparaît avec une belle lumière, mais sans dureté excessive dans notre configuration. Les attaques, les respirations, les inflexions sont bien perceptibles. L’enceinte ne simplifie pas le langage de Tan Dun au point de le rendre banal ; elle en préserve la fluidité, la théâtralité, la tension expressive.
Il faut toutefois noter un point important : "le haut du spectre demande de l’attention".
Les BLAM Tenor Tower sont ouvertes, détaillées, lumineuses. Mais avec certaines électroniques trop incisives, ou certains câbles privilégiant l’éclat au détriment de la matière, le haut du spectre peut devenir un peu ferme, voire légèrement dur. Ce n’est pas une enceinte agressive par nature, mais elle n’arrondira pas systématiquement les angles d’un système mal assorti. Elle dit les choses. Parfois avec franchise. Et comme souvent, la franchise est une qualité… sauf lorsqu’elle tombe au mauvais moment.
Dans notre système, le couple Eversolo T8 + Z10 et les câbles Albedo Silver Flat One ont permis de conserver de la transparence sans caricaturer l’aigu. Mais il faudra éviter les associations trop sèches ou trop brillantes. Avec les BLAM Tenor Tower, le choix de l’amplificateur et des câbles ne relève donc pas de la coquetterie audiophile, mais d’une vraie nécessité.

Les associations avec les amplificateurs
Les écoutes successives avec plusieurs amplificateurs ont permis de mieux cerner la personnalité des BLAM Tenor Tower. Et surtout de comprendre qu’elles ne réagissent pas de manière anonyme aux électroniques qui les accompagnent.
C’est généralement bon signe.
Une enceinte qui sonne toujours de la même façon, quel que soit l’amplificateur, peut sembler rassurante au premier abord. Mais elle finit souvent par raconter davantage sa propre histoire que celle du système. Les BLAM Tenor Tower, elles, laissent entendre les différences d’association, parfois avec beaucoup de franchise.
L’écoute la moins intéressante fut, à ma grande surprise, celle obtenue avec le Rega Brio. Ce petit intégré, que nous connaissons pourtant bien et qui peut faire merveille avec d’autres enceintes, n’a pas ici permis aux BLAM Tenor Tower de s’exprimer pleinement. L’ensemble paraît plus fermé, plus contraint, comme si l’amplificateur venait légèrement cloisonner la musique. Les BLAM Tenor Tower perdent alors une partie de leur spontanéité, de leur joie naturelle à retranscrire les œuvres, cette capacité à respirer et à laisser circuler l’énergie musicale.
Rien de catastrophique, bien sûr. Le résultat reste écoutable, cohérent, mais il manque cette évidence, cette liberté de mouvement que les enceintes savent offrir avec d’autres partenaires. Le Rega Brio semble les tenir un peu court, non pas seulement en puissance, mais surtout en ouverture et en respiration. Un peu comme si l’on demandait à un chanteur lyrique de s’exprimer dans une cabine téléphonique : il chante toujours juste, mais on sent bien que le costume commence à serrer aux entournures.
Avec le Vincent Audio SV-500MK, le mariage s’est révélé nettement plus séduisant. L’amplificateur apporte une lumière, une densité et une chaleur harmonique qui conviennent très bien aux qualités naturelles des BLAM Tenor Tower. Le médium gagne en chair, les voix prennent une présence très humaine, et l’écoute devient immédiatement plus généreuse. Les timbres sont joliment éclairés, sans basculer dans une coloration excessive.
Dans cette association, le grave reste légèrement en retrait. Il ne prend pas l’ampleur ni l’autorité que l’on pourra obtenir avec une amplification plus ferme. Mais l’équilibre général demeure très attachant, notamment sur les voix, les musiques acoustiques et les œuvres où la fluidité prime sur la démonstration physique. Le Vincent ne transforme pas les BLAM Tenor Tower en grandes colonnes de très haut de gamme, mais il leur apporte une forme de charme lumineux, presque tactile, qui donne envie de prolonger l’écoute.
Les meilleurs résultats furent toutefois obtenus avec l’ Eversolo AMP-F10.
Là, les BLAM Tenor Tower semblent exploitées à 100 % de leurs capacités — et ces capacités sont nombreuses. L’amplificateur leur apporte à la fois de l’autorité, du contrôle, de l’ouverture et une énergie très saine. Le grave gagne en lisibilité, en fermeté, en assise, sans venir masquer ce registre médium qui constitue l’une des grandes réussites de ces enceintes. L’image sonore respire mieux, la dynamique paraît plus libre, les attaques sont plus franches, et l’ensemble donne le sentiment que les BLAM Tenor Tower peuvent enfin déployer tout ce qu’elles ont à dire.
Avec le Eversolo AMP-F10, les BLAM Tenor Tower conservent leur clarté, leur lisibilité et cette qualité très précieuse de compréhension humaine des voix, mais elles y ajoutent une assise et une maîtrise qui les font changer de catégorie subjective. On oublie encore plus facilement leur positionnement tarifaire. L’écoute devient plus ample, plus structurée, plus évidente. Le système ne force pas, ne durcit pas, ne cherche pas à impressionner inutilement : il laisse simplement les enceintes travailler dans de bonnes conditions.
C’est probablement avec cette association que les BLAM Tenor Tower nous ont paru les plus complètes. Non pas parce que l’Eversolo chercherait à les embellir, mais parce qu’il leur donne les moyens de respirer, de s’ouvrir et de transmettre cette énergie musicale qui fait leur intérêt.
Le Marantz Model 60n et le Roksan Attessa ont également proposé des résultats cohérents et plaisants, chacun avec sa propre signature. Le Marantz apporte une écoute confortable, élégante, légèrement policée, qui conviendra à ceux qui recherchent une restitution douce et facile à vivre. Le Roksan, plus moderne dans son tempérament, donne une restitution vive, propre et bien tenue, même si l’Eversolo conserve l’avantage dès que l’on cherche à tirer le maximum des Tower en matière d’autorité, de dynamique et d’ouverture.

Conclusions
Quelques limites, parce qu’un test sans réserves ressemble vite à une brochure
Les BLAM Tenor Tower ne sont pas parfaites. Et heureusement, quelque part. Une enceinte parfaite à ce tarif serait soit un miracle, soit une erreur de comptabilité, soit un mensonge bien emballé.
Leur infragrave reste légèrement en retrait, notamment sur les grandes masses orchestrales ou les musiques réclamant une assise très profonde. Elles ne déplaceront pas l’air comme des colonnes trois fois plus volumineuses, ni comme des enceintes cinq fois plus onéreuses. Mais ce grave, dans son registre utile, reste propre, rapide, lisible et bien intégré. Il ne cherche pas à compenser son absence relative dans les toutes premières octaves par un gonflement artificiel du haut-grave. Et cela, à l’écoute longue, compte énormément.
Le haut du spectre demande également une certaine vigilance. Avec une électronique trop sèche ou des câbles trop démonstratifs, il peut se durcir légèrement. Les BLAM Tenor Tower aiment les associations équilibrées, capables de leur offrir de la matière et de la respiration. Elles ne doivent pas être mariées à la va-vite, sous prétexte qu’elles appartiennent à une catégorie tarifaire accessible.
Enfin, si on les compare à des enceintes beaucoup plus ambitieuses, leur richesse harmonique peut paraître légèrement simplifiée. Les harmoniques fines des cordes, les résonances les plus subtiles d’une salle, les dégradés de timbres dans les grandes formations orchestrales ne possèdent pas tout à fait la densité, la profondeur et la complexité que peuvent offrir des modèles cinq fois plus chers.
Mais c’est précisément là que ces BLAM Tenor Tower deviennent troublantes.
Car on se surprend très vite à les comparer à des enceintes bien plus coûteuses. Et si cette comparaison révèle logiquement leurs limites, elle dit aussi quelque chose de leur niveau réel. Une enceinte médiocre reste toujours dans sa catégorie. On ne pense jamais à la mesurer à plus grand qu’elle. Avec les BLAM Tenor Tower, c’est différent : leur équilibre général, leur lisibilité, leur naturel dans le médium et leur capacité à faire passer l’émotion nous font régulièrement oublier qu’il s’agit d’enceintes dites “budget”.
Elles ne cherchent pas à faire croire qu’elles appartiennent au très haut de gamme. Elles font mieux : elles permettent d’écouter la musique avec un plaisir, une évidence et une sincérité que certaines enceintes beaucoup plus ambitieuses oublient parfois en route, trop occupées à montrer leurs diplômes d’audiophilie appliquée.
Après plus de trente années à tester du matériel, je suis devenu méfiant. C’est normal. À force de lire des promesses, de déballer des cartons, de brancher des électroniques supposées révolutionner l’histoire de la reproduction sonore domestique, on finit par développer une forme de protection naturelle. Une sorte de cuirasse. Pas très élégante, mais utile.
Et pourtant, il arrive encore qu’un produit bien né fissure cette cuirasse.
Les BLAM Tenor Tower font partie de ceux-là.
Elles ne sont pas spectaculaires au sens vulgaire du terme. Elles ne cherchent pas à écraser l’auditeur sous un grave démonstratif, ni à l’éblouir avec un aigu de bijouterie. Elles préfèrent une voie plus juste : celle d’un médium clair, humain, intelligible, d’une scène sonore cohérente, d’une musicalité immédiate et d’une capacité rare à donner envie de passer au disque suivant.
Et au fond, c’est peut-être cela, la vraie Haute Fidélité.
Non pas faire “wahou” pendant trois minutes.
Mais donner envie, après plusieurs heures, de laisser refroidir son café une fois de plus.
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Les Notes :
Fabrication : 15/20
Image : 15/20
Timbres : 15/20
Dynamique : 14/20
Transparence : 15/20
Naturel : 15/20 Qualité/Prix : 19/20
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Les propos et les avis énoncés dans ce test n'engagent que l'auteur de ce test et en rien la société Opus 51. Les avis donnés ne concernent que le produit testé.




