
Un lieu plutôt agréable pour écouter de la musique
Commençons par une bonne surprise : le lieu.
Organiser un salon Haute-Fidélité est toujours un exercice compliqué. Il faut faire cohabiter de nombreuses marques, créer des espaces d’écoute suffisamment isolés les uns des autres et tenter de transformer, en quelques heures, des pièces qui n’ont généralement jamais été pensées pour accueillir un système audio de haut niveau.
À Cœur Défense, l’ensemble fonctionne plutôt bien.
Les espaces sont agréables et l’on s’y sent rapidement à son aise. Les couloirs permettant de circuler entre les différentes salles sont parfois un peu étroits lorsque le public devient nombreux, mais cela reste finalement assez secondaire.
J’avais surtout quelques inquiétudes concernant l’acoustique des auditoriums improvisés.
Et là encore, surprise.
Dans l’ensemble, les salles d’écoute m’ont semblé acoustiquement moins mauvaises que je ne l’avais imaginé. Cela ne signifie évidemment pas qu’elles permettaient de juger définitivement une enceinte ou une électronique — un salon restera toujours un endroit délicat pour cela — mais les conditions étaient suffisamment correctes pour se faire une première idée de nombreux systèmes.
Ce qui rend d’ailleurs certaines de mes impressions suivantes encore plus intéressantes.

Beaucoup de systèmes… et parfois l’impression d’écouter le même
C’est probablement ce qui m’a le plus marqué durant cette journée.
En passant d’un auditorium à l’autre, particulièrement chez certaines grandes marques industrielles, j’ai progressivement ressenti une étrange impression d’uniformité.
- Les enceintes changent.
- Les haut-parleurs changent.
- Les matériaux changent.
- Les électroniques changent.
- Les prix aussi — et parfois de manière assez spectaculaire.
Et pourtant, la philosophie sonore semble souvent étrangement proche.
Une image stéréophonique spectaculaire, un grave généreux destiné à impressionner rapidement, une définition très démonstrative, un aigu qui apporte de la lumière et cette sensation immédiate que le système « en donne beaucoup ».
Tout cela peut être séduisant. Mais est-ce nécessairement fidèle ?
C’est une question qui me semble aujourd’hui de plus en plus importante.
Depuis près de trente ans que j’écoute quotidiennement des systèmes Haute-Fidélité, ma référence n’a finalement jamais vraiment changé : la musique vivante.
Un piano possède un poids, une attaque et une extinction de note particuliers. Un violoncelle possède une matière, un grain, une manière de mettre l’air en mouvement. Une voix n’est jamais constituée uniquement d’un médium parfaitement détouré entre deux enceintes.
La fidélité ne consiste donc pas seulement à entendre davantage de choses. Elle consiste à retrouver leurs proportions naturelles.
Et sur ce point, certaines écoutes proposées lors du salon m’ont laissé perplexe.

Deux écoutes qui sortent du lot
Au milieu de cette relative uniformité, deux systèmes ont néanmoins particulièrement retenu mon attention.
Et, amusante coïncidence, il s’agissait dans les deux cas d’enceintes aux dimensions relativement raisonnables.
Fyne Audio F500S : la belle surprise
La première fut une petite enceinte bibliothèque : la Fyne Audio F500S.
Voilà typiquement le genre de produit que j’aime découvrir dans un salon.
Pas nécessairement celui devant lequel tout le monde sort immédiatement son téléphone pour photographier une finition spectaculaire ou un haut-parleur de cinquante centimètres, mais une enceinte qui, une fois la musique lancée, donne envie de rester quelques minutes supplémentaires. Son équilibre général et sa cohérence m’ont agréablement surpris, mais c’est surtout son rapport entre performances musicales et tarif qui m’a semblé particulièrement intéressant.
Une écoute qui rappelle également qu’il n’est pas toujours nécessaire d’aligner les zéros sur l’étiquette pour commencer à parler sérieusement de Haute-Fidélité.
YG Acoustics Carmel 3 : entrevoir ce que peut apporter le très haut de gamme
À l’autre extrémité du spectre tarifaire, les petites colonnes Carmel 3 m’ont laissé une impression assez différente. Soyons clairs : leur mise en œuvre lors de mon passage ne m’a pas semblé particulièrement heureuse. Et pourtant…
Derrière cette démonstration imparfaite apparaissaient par instants certaines qualités que je recherche précisément lorsque j’écoute du matériel véritablement haut de gamme.
Le microdynamisme, d’abord. Cette capacité à reproduire les minuscules variations d’intensité qui donnent vie à une interprétation. La rapidité ensuite, mais une rapidité qui ne signifie pas sécheresse.
Et surtout les timbres. Cette faculté à différencier les matières, les textures, les attaques, sans avoir besoin de les surligner artificiellement. Même dans des conditions qui ne leur rendaient manifestement pas justice, les Carmel 3 laissaient donc entrevoir quelque chose de précieux : non pas davantage de son, mais davantage de musique.

Quelques déceptions aussi
Un salon est évidemment un instantané. Quelques minutes d’écoute, une pièce inconnue, un placement parfois imposé, des électroniques choisies par l’exposant et des morceaux qui ne sont pas toujours ceux que l’on aurait soi-même sélectionnés.
Il faut donc rester prudent.
Cela étant dit, deux écoutes m’ont particulièrement déçu lors de cette journée : celles des B&W 803 D5 et des Wilson Audio Sabrina V.
Je n’irai volontairement pas beaucoup plus loin. Des enceintes de ce niveau méritent mieux qu’un jugement définitif établi après quelques minutes dans les conditions particulières d’un salon.
Dans une moindre mesure, les DALI Epikore 9 ne m’ont pas davantage convaincu, même si, dans leur cas, mes attentes étaient sensiblement différentes.

Eversolo : la famille continue de s’agrandir
Un salon ne se résume heureusement pas aux écoutes.
C’est également l’occasion de retrouver ceux avec qui nous travaillons tout au long de l’année et nous avons ainsi eu le plaisir de rencontrer six de nos partenaires présents à Cœur Défense. Ces rencontres sont importantes. Derrière les cartons que nous recevons au magasin et les fiches techniques se trouvent des fabricants, des importateurs et des passionnés avec lesquels nous partageons souvent la même curiosité pour la reproduction musicale.
Parmi les nouveautés que je souhaitais particulièrement observer figuraient celles d’Eversolo.
La marque continue d’élargir rapidement son catalogue et nous avons pu regarder de près les nouveaux DMP-A8, mais surtout le nouveau bloc de puissance AMP-F8.
Ce dernier m’intéressait tout particulièrement. Eversolo s’est d’abord fait connaître par ses lecteurs réseau et ses appareils numériques particulièrement bien pensés. Voir la marque développer parallèlement une véritable gamme d’amplification montre clairement qu’elle ne souhaite plus être considérée uniquement comme un spécialiste du streaming.
Le bloc de puissance AMP-F8 en est probablement l’une des illustrations les plus intéressantes. Il faudra évidemment l’écouter dans des conditions connues avant d’aller plus loin. Un salon permet de découvrir ; le magasin permettra de juger.
Neodio : une nouvelle enceinte française se profile
Autre découverte qui a attiré mon regard : les nouvelles enceintes colonnes du fabricant français Neodio.
Nous n’avons pour l'instant fait que les entrevoir, mais elles témoignent d’une volonté intéressante de la marque d’étendre son savoir-faire à l’enceinte acoustique.
Là encore, pas question de tirer des conclusions après quelques instants dans un salon.
Mais ma curiosité est désormais éveillée et j’espère avoir prochainement l’occasion de les écouter plus longuement.

Mulidine : quand la mise en œuvre redevient essentielle
Je retiendrai également la belle mise en œuvre des enceintes Mulidine.
Et ce point mérite d’être souligné.
Car cette journée démontrait presque malgré elle combien la mise en œuvre reste fondamentale.
On peut disposer d’enceintes extraordinaires et obtenir un résultat quelconque. À l’inverse, un système intelligemment installé, respectant la pièce et les caractéristiques des enceintes, peut rapidement faire oublier la technique.
Chez Mulidine, j’ai retrouvé cette recherche de cohérence.
Dans un salon où certains systèmes semblaient parfois vouloir attirer l’auditeur par la manche, cette écoute avait au moins le mérite de rappeler qu’une enceinte peut aussi simplement essayer de laisser passer la musique.

Un salon intéressant… et une question qui demeure
Je suis donc reparti de Cœur Défense avec beaucoup de photographies, quelques belles rencontres, deux ou trois produits que j’ai désormais très envie d’écouter dans de meilleures conditions et, surtout, une interrogation.
La Haute-Fidélité n’a probablement jamais disposé d’autant de moyens techniques.
Les haut-parleurs sont plus sophistiqués, les simulations numériques plus précises, les matériaux plus performants et les électroniques atteignent des niveaux de bruit et de distorsion qui auraient semblé extraordinaires il y a seulement quelques décennies.
Pourtant, en passant d’une salle à l’autre, je n’ai pas toujours eu l’impression que cette sophistication nous rapprochait davantage de la musique.
Peut-être est-ce simplement la conséquence d’un salon, où chacun doit séduire rapidement un auditeur qui ne restera parfois que cinq minutes.
Peut-être aussi notre industrie a-t-elle progressivement développé une sorte de langage sonore commun, immédiatement spectaculaire et rassurant, mais qui finit par gommer une partie de la personnalité des systèmes — et parfois de la musique elle-même.
C’est probablement la réflexion que je retiendrai le plus de cette journée.
Car au fond, après toutes ces années passées à écouter des enceintes et des électroniques, je continue de penser que la meilleure Haute-Fidélité est celle qui finit par accomplir quelque chose d’assez paradoxal : nous faire oublier qu’elle est là.
Et nous laisser seuls avec la musique.
Pour plus de photos : https://www.facebook.com/photo?fbid=1708023597995149&set=pcb.1708026011328241
