Je me souviens… J’étais encore adolescent. Certains soirs d’été, tandis que la chaleur s’attardait derrière les volets, je m’enfermais dans ma chambre et tournais fébrilement le bouton de la radio jusqu’à retrouver le 89,2 de France Musique. J’attendais alors avec une impatience presque cérémonielle les retransmissions en direct du Festival de Bayreuth. Bientôt, Wagner allait envahir la pièce, repousser les murs et m’arracher pour plusieurs heures à la banalité du monde.

Ma main droite restait posée sur la touche rouge « Record » de mon magnétophone à cassette Alpage — Alpine sous d’autres latitudes. Il fallait être prêt, ne pas manquer les premières mesures, surveiller la durée de la bande et redouter cet instant cruel où la cassette arrivait en bout de course au beau milieu d’un monologue de Wotan. Mais dès que l’orchestre s’élevait de la fosse invisible de Bayreuth, un autre univers m’engloutissait : un monde de dieux épuisés, de héros condamnés, de passions interdites et de forêts traversées par le destin.

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